Archive pour mars, 2010

Ces télévisions étrangères qui veulent un bureau à Alger

*«Un feu lointain ne réchauffe point.»
Proverbe algérien

Pourquoi certaines chaînes de télévisions font l’impossible pour avoir un bureau à Alger. Et pourtant, Alger n’est pas le centre de la Terre, ni économiquement, ni politiquement, ni culturellement et encore moins audiovisuellement. Et pourtant, des chaînes de télévision ne rêvent que d’avoir leur bureau à Alger. La première n’est autre qu’Al Jazeera. Depuis ses déboires avec le gouvernement algérien, elle n’a pas réussi à réouvrir son bureau en dépit des ballets diplomatiques des responsables qataris. Alger refuse l’ouverture d’un bureau aussi bien pour la chaîne sportive que pour enfants du fait que ces deux chaînes font partie du groupe Al Jazeera Network. Nessma TV est l’autre chaîne à faire le forcing pour ouvrir un bureau à Alger. La chaîne a de grandes ambitions en Algérie, mais elle n’a «officiellement» pas de bureau. Les quelques journalistes qui forment la rédaction d’Alger, évitent les événements officiels et se contentent des petits événements culturels comme une avant-première, une vente-dédicace pour activer leur bureau. Même chose pour Med1 Sat qui réalise 40% de son taux d’audience en Algérie. La chaîne marocaine compte beaucoup sur l’actualité économique et politique en Algérie pour alimenter son JT. Mais Alger refuse d’accorder une autorisation à une chaîne dont le traitement de l’information est toujours biaisé. En fait, si ces télévisions cherchent à tout prix à ouvrir leur bureau à Alger c’est essentiellement à cause de sa position géopolitique et économique importante et surtout à cause de l’actualité politique, sportive et économique très dense, qui existe à Alger. Avec des bureaux à Alger, ces télévisions améliorent la qualité de leur production (une intervention par téléphone fait très cheap) et amoindrissent les coûts de production (pourquoi envoyer un journaliste sur place et le payer en devises quand on peut recruter localement et le payer en dinars). Nessma TV, qui est une chaîne commerciale, cherche à ouvrir un bureau à Alger, pour amasser le plus d’espaces publicitaires et surtout être considérée comme une chaîne algérienne à part entière. Car en réalité ce n’est pas le cas. Si Al Jazeera, France 24 et Med1 Sat mettent en avant des journalistes algériennes en vedette à l’écran, sur le plateau de Nessma TV, il n’y a aucun représentant de l’Algérie et encore moins derrière la caméra. Après Amine, Bouakaz, Lydia c’était au tour de Farida Aït Kaci de quitter la rédaction de Ness Nessma. Il n’y a aucun représentant algérien à Tunis. Nessma TV a étoffé sa rédaction à Alger. Seule, Mme Benmeghsoula s’accroche et prépare une émission intitulée VIP où elle est censée inviter des personnalités algériennes du sport, de la culture et du people. Alors bon courage!…Le succès d’Alger est aussi dû à la qualité des intervenants: Al Jazeera, France 24 et même Medi 1 Sat font souvent appel par téléphone (faute de bureau à Alger) à des journalistes, personnalités politiques, des députés et même des ministres algériens pour intervenir en direct au Journal télévisé sur les questions d’actualité. Les intervenants algériens demeurent d’excellents analystes politiques et intellectuels et offrent à ces télévisions une audience et une aura qu’aucun autre représentant arabe ne peut offrir. Avec ses intervenants, ses journalistes et ses débats, l’Algérie a tout pour réussir sur le plan audiovisuel régional. (L’Expression-31.03.2010.)

Éditeurs et journalistes face au devoir d’éthique

*Débat sur La question entre la presse algérienne et l’UE

1La question de l’éthique et de la déontologie de la presse a été, hier, au centre des travaux d’un atelier de deux jours, organisé à l’hôtel El-Biar (Alger), par la délégation de l’Union européenne (UE) en Algérie, avec le soutien de la Fédération internationale des journalistes (FIJ).

“En mettant en place un ensemble de principes minimums à respecter, la presse préserve sa crédibilité, ainsi que sa position vis-à-vis des pouvoirs (politique, financier ou autres)”, a déclaré Laura Baeza, l’ambassadrice de la délégation de l’UE.
Cette dernière a tenu à rappeler que les droits à l’information, à la libre expression et à la critique font partie “des libertés fondamentales qu’il faut à tout prix défendre et protéger”. Seulement, poursuivra-t-elle, pour ne pas tomber dans la désinformation ou la diffamation, il faut se pencher sur la question de l’éthique et de la déontologie/autorégulation, qui pourrait prendre la forme d’une “charte de l’éthique” ou d’un “code de déontologie”. De son côté, la représentante de la FIJ, Pamela Morinière, a insisté sur “le respect de la transparence” du système d’autorégulation, en notant que les journalistes exercent dans des conditions “qui font parfois l’objet de pressions”. “C’est une profession qui devient difficile”, a-t-elle renchéri. Cet avis est partagé par Nadir Benseba, le représentant de la FIJ en Algérie, lequel a constaté des “retards” dans le montage de l’édifice organisationnel de la profession, à l’exemple de l’absence de la carte nationale du journaliste et ses conséquences sur le statut de ce dernier.  Des retards, révélera-t-il, qui “aggravent, voire avilissent même, l’image du champ médiatique algérien et rendent parfois impossible l’effort du journaliste à améliorer le produit de son métier”.
Hier, dans son exposé relatif à son expérience à la tête du Conseil supérieur de l’éthique et de déontologie (CSED), Zoubir Souissi, l’ex-directeur du Soir d’Algérie, a avoué que des questions importantes concernant l’utilité de cette institution, la précision sur sa mission et la connaissance de ses moyens matériels et financiers, avaient été évacuées à l’époque. Sans oublier les difficultés suscitées par la relation médias-pouvoirs publics et l’environnement socioprofessionnel, et le non-respect “parfois” des règles du jeu. “L’expérience du Conseil a des côtés positifs et des côtés négatifs. Aujourd’hui, nous devons revenir à des formules plus prosaïques”, a déclaré l’ex-président du CSED, en référence notamment à “la formation du journaliste”.
Au cours du débat, M. Souissi, mais également d’autres participants, y compris des éditeurs, ont insisté sur le fait que le CSED avait été créé sur initiative du syndicat national des journalistes (SNJ), dans un souci de “moraliser la profession”. Ils ont, en outre, rappelé que le Conseil, élu en mai 2000 par une assemblée générale souveraine, était “l’émanation des journalistes”. D’autres constats ont également été relevés.
Selon le directeur de publication de Liberté, Outoudert Abrous, le CSED se présentait comme une autorité qui n’avait pas de “pouvoir de sanction ou de contrainte”, durant ses 4 ans de mandat. Il a aussi noté que “les membres du conseil ont reçu plusieurs saisines de diffamation”. Pour M. Abrous, malgré leur volonté, le CSED connaîtra ses limites, en raison des contraintes rencontrées. “Sans siège, sans aucune subvention de l’État, il a vécu grâce aux aides apportées par 5 journaux”, a-t-il signalé.
Le CSED doit-il être réactivé ? “L’existence d’un CSED est impérative”, a estimé M. Souissi. Pour
M. Abrous, le moment est venu pour que la profession prenne au mot les engagements pris le 3 mai dernier par le président de la République. Mais, au lieu d’attendre des initiatives qui viendraient des institutions, les éditeurs et journalistes doivent, selon lui, “faire des propositions pouvant mettre en place des instruments d’autorégulation”.(Liberté-23.03.2010.)

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**Faut-il une éthique de l’information participative?

platon-greceantiquenet.1269261422.jpg Maintenant que nous pouvons tous informer, la question éthique – essentielle à l’effort journalistique sérieux – se pose à tout le monde. Certains journalistes pensent qu’elle pourrait bien être (avec certains processus de travail forgés par l’expérience) la contribution la plus utile des professionnels à l’information participative (voir note en fin de billet). Mais ils ne sont pas les seuls à décider.

La première difficulté consiste à déterminer comment ce que nous avons tendance à percevoir comme ensemble de règles et d’attitudes plus ou moins immuables s’applique dans des circonstances qui ne cessent de changer du fait de l’adoption des TIC.

Cinq défis me semblent particulièrement importants. Ils impliquent, au moins, un changement d’échelle par rapport à ce qui passait “hier”.

La participation massive des non professionnels, comme témoins et comme analystes. Ils sont maintenant partie intégrante de toute l’information utile et utilisée.

La couverture en temps réel. Elle accroît l’exigence de “vitesse” (qui a ses origines dans la compétition économique entre les médias).

L’excès d’information (je préfère la notion de “déséquilibre informationnel”) et le fait qu’il est presque aussi difficile de trouver une information publique de qualité que de révéler ce qui est vraiment secret et important.

Les nouvelles formes de manipulation et de contrôle par les puissants qui peuvent, comme tout le monde, avoir recours aux TIC (voir dans ce sens mon récent billet sur les difficultés de la démocratisation par le web ).

La possibilité de transparence (grâce aux liens hypertextuels entre autres) dont David Weinberger nous invite à la concevoir comme la “nouvelle objectivité” .

Mais ceci ne va pas sans au moins trois questions:

Quelle importance accorder à la dimension éthique quand on contribue aux flux informationnels?

Quels sont les défis spécifiques de l’ère digitale?

Quel peut-être la contribution des journalistes?

A vous de dire… (Blog du Monde-22.03.2010.)

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**13 mars 2010

Démocratisation par le web: Ça n’est pas une utopie affirme Clay Shirky

clayshirky-oscarespiritusanto.1268464112.jpg Mon dernier billet porte sur l’avertissement lancé par Evgeny Morozov dans la revue britannique Prospect à tous ceux qui croient en une vertu démocratisante des technologies de l’information. Attention, dit-il en substance, elles peuvent tout aussi bien être utilisées par les dictateurs pour réprimer, tromper et détruire les mouvements démocratiques.

Attaqué personnellement pour son rôle dans la vision “utopiste” de Twitter et de l’internet, Clay Shirky répond dans le numéro suivant. Au total ils ont eu droit à deux articles chacun (Morozov 2 et Shirky 2 ).

Shirky concède sans difficulté que les protestations de novembre 2009 en Iran n’ont pas pu être déclenchées par les médias sociaux type Twitter (ni par les téléphones mobiles pourtant plus importants). La source en est la volonté des gens, “the willingness of the people to defy their government.” Ceci dit, le point central n’en est pas moins que “just as the Protestant Reformation was shaped by the printing press, the Iranian insurrection was and is being shaped by social media.” Les TIC, comme d’autres technologies, forment les mouvements qui s’en servent.

Son credo demeure que “the spread of mobile phones and internet connectivity will reshape that civic life, changing the ways members of the public interact with one another.”

Le gouvernement se sert des TIC pour réprimer, mais “even taking into account the increased availability of surveillance, the net value of social media has shifted the balance of power in the direction of Iran’s citizens.” L’équilibre du pouvoir a changé.

L’argument de fond, connu de longue date, reste pour Shirky que si l’Iran peut bloquer les communications, le temps d’une manifestation (un modèle qu’il qualifie de “temporary Burma”), il est peu probable qu’il parvienne à fermer complètement le pays pendant longtemps.

C’est pourquoi le cas iranien est si important. “As usual, the state has more power than the insurgents, but the insurgency has nevertheless achieved the transition from distributed but uncoordinated discontent to being an actual protest movement, and part of that transition was achieved with these tools.” L’état a plus de pouvoir mais les protestataires, hier atomisees, sont devenus un mouvement

Tout n’est pas dit pour autant.

Nancy Scola de TechPresident, par exemple, reproche aux deux compères d’ignorer l’impact sur la démocratisation quotidienne, sur l’ouverture des sociétés.

Il faut aller plus loin. La réflexion est utile mais le problème est mal posé parce qu’il part, sans le dire, d’une prétendue “nature” des technologies de l’information qui serait ainsi “bonnes” ou “mauvaises”.

Leur plus grand mérite, d’un point de vue social et politique est d’ouvrir de nouveaux espaces d’affrontements sur lesquels les puissants peuvent jouer de leurs atouts traditionnels mais à condition de les déployer de façon innovante. Les contestataires, de leur côté bénéficient souvent du fait qu’ils peuvent les occuper de façon plus agile et y tirer partie de nouvelles opportunités dans des champs non encore définis.

Qu’en pensez-vous? (Blog du Monde-13.03.2010.)

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**10 mars 2010

Démocratisation par le web?… Pas évident selon Evgeny Morozov

evgenymorozov.1268221805.jpgLe gouvernement des États-Unis vient de mettre fin à l’interdiction d’exporter des technologies de communication à l’Iran, au Soudan et à Cuba.
“The more people have access to a range of Internet technology and services, the harder it’s going to be for the Iranian government to clamp down on their speech and free expression,” a déclaré un membre de l’administration Obama au New York Times.
La croyance dans la démocratisation par les technologies de l’information est répandue et je suis bien conscient d’y contribuer. La vision la plus carricaturale nous en est donnée par tous les articles écrits sur la “Twitter Revolution” en Iran.
Pas si simple clame Euvgeny Morozov . Dictateurs et fanatiques peuvent, eux aussi, nous innonder de tweets, se servir de Facebook et de YouTube.
Ils le font avec un art et une maîtrise croissants.
La publication, ce mois-ci, par la revue Booksmag.fr , d’un long article de Morozov sur le sujet et de la réponse de Clay Shirky, gourou de l’internet démocratisant, sont une excellente occasion pour faire le point.
Commençons par les arguments de Morozov qui est, entre autres, blogueur sur le site de Foreign Policy .
J’en retiendrai trois (mais vous invite à lire l’essai en entier sur Prospects ou dans la version papier que vient de publier Books).
>> Les concessions: En permettant à un grand nombre de gens de suivre un mouvement de protestation, le web permet aux sympathisants timides (fence sitters, ceux qui restent sur le trottoir) de rejoindre les autres quand ils sont nombreux. “technology reduces the marginal cost of protest, helping to turn “fence-sitters” into protesters at critical moments. An apolitical Iranian student, for instance, might find that all her Facebook friends are protesting and decide to take part.”
Le mouvement peut ainsi fire boule de neige ou, comme le disent les spécialistes, des “cascades informationnelles”. Dans certains cas, cela rend également plus difficile la répression brutale: “Some governments, like Burma and North Korea, don’t care about looking brutal, but many others do.”
>> Dans de nombreux cas dont la Biélorussie, l’Iran, la Chine, l’utilisation du web par les gouvernements a dépassé l’usage des contestataires. Ils s’en sont servis pour “transmettre la peur” aussi bien que pour suivre la piste des dissidents. “getting access to an activist’s inbox puts all their interlocutors in the frame”. Ils ont de plus en plus volontiers recours à des compagnies spécialisées dans le data mining pour “identifier les fauteurs de troubles”.
>> Nous nous faisons des illusions sur les bienfaits démocratisants de l’internet. “Information cascades often fail to translate into crowds, even without state fear-mongering.”
A cela il faut ajouter que si l’internet contribue à réduire le pouvoir des régimes autoritaires, ça n’est pas nécessairement pour le transférer aux démocrates.
“Instead it often flows to groups who, if anything, are nastier than the regime.” Ils font (Morozov ne le dit pas, en tous cas dans cet article) du crowdsourcing de la répression avec des sbires particulièrement peu reconmmandables mais qui bénéficient de leur appui. Ils savent aussi que “the internet could be a new opium for the masses.”
Conclusion: “We shouldn’t kid ourselves. Nobody knows how to create sustainable digital public spheres capable of promoting democracy.”
L’internet peut aussi servir aux ennemis de la démocratie.
La répression peut fort bien s’externaliser.
Et bien sûr notre penchant à nous faire des illusions est la faute d’un autre: Clay Shirky , gourou de la capacité de “s’organiser sans organisation” notamment dans le domaine politique est, selon Morozov, “the man most responsible for the intellectual confusion over the political role of the internet.”
Heureusement, aussi bien Prospect, revue britannique qui a initié le débat que Books, qui le reprend, lui cèdent la parole.
J’y reviens demain avec quelques commentaires de mon cru.
Je suis curieux, en attendant, de savoir ce que vous pensez du pavé jeté dans la mare du consensus par Morozov. (Blog du Monde-10.03.2010.)
 

 

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