Archive pour juin, 2011

L’autocensure dans la presse française

Me Dupeux; avocat parisien spécialiste du droit de la presse : «La loi est dure… et la presse s’autocensure»
Le droit français de la presse est-il particulièrement contraignant?
Jean-Yves Dupeux - Il est à la fois plus restrictif au plan de la liberté, mais peu répressif sur le plan des conséquences pécuniaires, comparé aux autres droits européens et à celui des pays anglo-saxons. Il existe une disposition unique au droit français: l’article 9 du Code civil sur la protection de la vie privée. Si vous prenez cette loi au pied de la lettre, vous ne pouvez rien écrire sur la vie privée des personnes au sens large : tout ce qui est de l’ordre de l’identité, la famille, la maladie, l’affection, les amours, les relations sexuelles, etc. Cette interdiction englobe l’image, c’est-à-dire la publication de photos.Cet article est-il appliqué à la lettre?

Non. Peu à peu, les tribunaux ont considéré que, dans la mesure où il s’agissait d’une personne publique et où l’information était nécessaire à l’intérêt public, on peut admettre des exceptions au principe général d’interdiction. Il s’agit bien d’exceptions car les tribunaux jugent au cas par cas, en fonction de la situation. Prenons un exemple très simple: vous pouvez publier une photo d’un député marchant dans la rue vers le Palais Bourbon, mais vous ne pouvez pas publier une photo de ce député marchant bras dessus bras dessous avec une dame, sauf à « flouter » la dame. En revanche, s’il s’avère que cette femme fait partie, disons, du contre-espionnage libyen, vous avez toute légitimité à produire sa photo.

Les journalistes auraient-ils été fondés, en droit, à publier des informations sur la vie privée deDSK?

Ils auraient été tout à fait dans leur droit. La ligne directrice de toutes ces exceptions à l’article 9 est l’intérêt pour le public. A partir du moment où une personne brigue la plus haute fonction élective, elle prête le flanc à toutes ces révélations sur sa vie privée. Le fait que cet homme mène une vie sentimentale ou sexuelle débridée est une information utile à chaque citoyen pour fixer son choix dans un cadre démocratique. Sur ce plan-là, le système juridique français est assez libéral.

L’attitude des journalistes relève plutôt d’un formatage de la presse. En France, on a pris l’habitude de dire: «L’information s’arrête à la porte de la chambre à coucher.» Le plus bel exemple est l’affaire de la fille de François Mitterrand, dont tout le microcosme connaissait l’existence mais dont aucun journaliste n’a osé parler avant que Paris Match ne le fasse, avec l’accord tacite du Président. C’était pourtant une information légitime sur la situation du chef de l’Etat, dont la presse aurait pu faire état plus tôt sans grand risque.

Les journalistes s’autocensurent-ils?

La presse ne va pas assez au fond des choses sur les éléments de la vie privée qui ont des conséquences sur le comportement d’une personnalité publique. L’affaire Strauss-Kahn est à cet égard extrêmement significative: les journalistes n’ont pas rendu compte des échos parvenus à leurs oreilles sur sa vie privée. On n’est plus dans le juridique mais dans une pression sociale qui conduit à l’autocensure.

Les journalistes vivent pourtant dans la hantise d’être poursuivis en diffamation et reçoivent quantité de demandes de droit de réponse…

L’application de la loi de 1881 a beaucoup progressé depuis une quinzaine d’années. La jurisprudence, inspirée de la Cour européenne des droits de l’homme, a développé une grande tolérance à l’égard de la liberté d’expression. Les tribunaux admettent, par exemple, une «absence de modération de ton» et jugent de la bonne foi d’un journaliste selon quatre critères: l’intérêt de l’information, la prudence, l’absence d’animosité personnelle et le sérieux de l’enquête. Cela permet tout de même d’écrire beaucoup de choses. D’autant que s’ils se trompent, la sanction financière qu’ils risquent n’a rien à voir avec les lourdes pénalités qu’encourent leurs confrères aux États-Unis ou en Grande-Bretagne. On a vu des condamnations de journaux ou de télévisions britanniques de l’ordre de un million de livres ! En France, on est généralement entre un et 4000 euros. Le vrai sujet, aujourd’hui, ce sont tous ces textes votés ces dernières années (lois mémorielles, loi sur le racisme, contre l’homophobie, etc.) qui ont considérablement restreint la liberté d’expression. Il y a actuellement un grand nombre de procédures pour propos racistes et incitation à la haine raciale. (Le Figaro.Mag-27/05/2011)

°°°°°°°°°°°°°°°°

Ouverture de l’audiovisuel en Algérie

*Qui est prêt à créer une télévision?

 **Les grandes fortunes bien sûr!

Le ton est donné, le Premier ministre algérien, Ahmed Ouyahia, s´est déclaré (sur l´antenne de l´Entv) favorable à l´ouverture de l´audio-visuel au privé, estimant que les conditions étaient favorables. Même si Ouyahia s´est exprimé en tant que secrétaire général du RND, son message a la force d´un avis de Premier ministre. A ce sujet, il a estimé qu´il est préférable d´ouvrir l´audiovisuel maintenant que le pays connaît une stabilité politique et sécuritaire et qu´on vit une situation d´aisance économique qui le met à l´abri d´ingérences étrangères. Autrement dit, l´ouverture devra se faire «now» (maintenant).
Même s´il précise au passage que cette ouverture devrait se faire «par étapes» et par des partenariats public-privé avant d´arriver à une libéralisation totale, tout en instaurant un «cahier des charges», de manière à préserver les «constantes nationales», comme l´islamité, l´arabité, l´amazighité et surtout l´unité nationale.
Cette déclaration sonne déjà comme un ordre, voire un départ vers une ouverture annoncée non déclarée vers l´ouverture audiovisuelle en Algérie. Mais qui est aujourd´hui, et à cette date, prêt à créer une télévision privée en Algérie? Les grandes fortunes bien sûr! La majorité possède déjà des quotidiens dans la presse écrite, l´un des hommes d´affaires qui est responsable d´un journal, possède même une télévision de droit français. Les Mehri, Haddad, Rebrab, Kouninef, le patron d´Aigle Azur et même le leader de l´eau minérale Ifri et les frères Bouabdallah sont déjà prêts à créer leur propre télévision privée et possèdent des dossiers bien ficelés «cachés» dans les tiroirs. Mais à côté d´eux, il y a aussi les partis politiques. Le RND est déjà bien lancé pour créer sa propre télévision. Miloud Chorfi qui avait déjà dirigé le défunt Haut Conseil supérieur de l´audiovisuel dans les années 1990, et qui était journaliste sportif de la station régionale d´Oran est bien placé pour diriger la station du parti de Ouyahia. A coté du RND, le FLN, qui possède déjà un journal: Sawt El Ahrar, a déjà un projet de télévision, qui serait piloté selon certaines sources par Mourad Boutadjine, ancien journaliste sportif lui aussi. Le FLN et le RND se disputent déjà le pouvoir au sein de l´Entv. Le MSP, lui aussi possède un projet de télévision, qui sommeille depuis des années dans les caves du siège de l´ex-Hamas. Le parti de Soltani possède déjà des alliances très fortes avec certaines chaînes privées islamistes, qui n´hésiteront pas à lui donner un coup de pouce pour le démarrage. A côté des hommes d´affaires et des hommes politiques, les hommes des médias ne sont pas en reste. Le patron du quotidien Echourouk est prêt à créer une télévision privée. Le patron du journal Ennahar, lui, a aussi une disponibilité pour créer sa propre chaîne de télévision et installer, comme dans la presse écrite, une concurrence dans ce domaine.
Mais le plus en vue, en tant que patron des médias, c´est bien sûr l´ex-directeur de l´Entv, Hamraoui Habib Chawki, qui va bientôt quitter son poste d´ambassadeur et se consacrer au domaine qu´il maîtrise le mieux: l´audiovisuel. HHC qui n´a jamais caché son souhait de créer une chaîne de télévision privée, sera sans doute aidé dans sa mission par son important réseau en France, au Liban et aussi au Luxembourg. En cas d´ouverture, il y aura comme au début des années 1990 pour les partis politiques, des chaînes pour tous les goûts, pour toutes les tendances. Après plusieurs années de fermeture, l´ouverture audiovisuelle au privé risque d´être une catastrophe pour l´Entv, qui verra ses techniciens et ses journalistes quitter le navire du 21, boulevard des Martyrs pour proposer leurs services. (L’Expression-18.06.2011.)
  **************************

12

leprieuremoret |
le site consacré a de tout ... |
bière et brasseries de Moselle |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | SuperKill3000
| salomecasta
| Univers Manchettellesque