Guerre entre l’Orient et l’Occident?

Le boycott diplomatique de pays occidentaux servira finalement à reporter le débat sur l’avenir du monde et à diviser encore plus la planète en blocs.

Après la décolonisation de la quasi-totalité des pays du Sud durant la deuxième partie du XXe siècle, tout le monde espérait un nouvel ordre international fondé sur le droit. Après la fin de la guerre froide en 1989 et les événements de septembre 2001, chacun peut constater que la barbarie moderne domine. Terrorisme des puissants contre terrorisme des faibles. De plus, les grandes puissances ne sont pas quittes avec leur passé et les régimes au Sud instrumentalisent parfois ces pages sombres de l’histoire commune. Comment en finir d’un côté, avec la catastrophique histoire coloniale et raciste de l’Occident depuis cinq siècles et de l’autre, avec le ressentiment et les surenchères des pays du Sud au sujet des réparations? La conférence de Durban est un test significatif. Les politiques et les intellectuels sont concernés. Comment peut -on ravaler un sujet majeur à des polémiques? Le traditionnel Forum de la société civile, prévu à la Maison des associations à Genève tente de défricher le terrain avec la participation de plusieurs centaines d’ONG. La question palestinienne et celle du sionisme tiennent difficilement le devant de la scène. Ce dossier cristallise le plus les clivages. Sur ce point, un abîme sépare l’Orient et l’Occident, les riches et les pauvres, les sionistes et les militants de la paix.Racisme et discrimination La mauvaise conscience des Occidentaux et les intérêts étroits qui lient Israël aux puissants bloquent toute perspective d’un nouvel ordre international juste et pacifique. Pourtant, les organisateurs du Forum civil affirment ne vouloir pointer du doigt aucun pays en particulier: «Nous voulons créer un espace libre et ouvert pour tirer les leçons des dérapages de Durban I, la Conférence sur le racisme de 2001, dont celle de Genève constitue le suivi. C’est un espace de convergence et de dialogue, libre de toute tendance politique.» Le Forum civil donne légitimement la voix aux victimes du racisme et de la discrimination. En plus des plénières, des groupes de travail vont réfléchir au racisme anti-noir, à la discrimination des migrants, des réfugiés, des femmes, des populations autochtones, du peuple palestinien et aux dérapages consécutifs au 11 septembre, notamment les classifications en fonction de l’ethnie et de la religion. Une manifestation est aussi prévue samedi après-midi dans les rues de Genève. Il est impérieux que la défense de nobles causes donne la vraie image des enjeux de manière pacifique et respectueuse du droit à la différence.
Une gesticulation d’extrémistes sionistes a aussi lieu. Une autre réunion d’une poignée d’ONG alignées sur les puissants et Israël se tient pour faire diversion, et défendre soi-disant les droits humains, la tolérance et la démocratie. Elles tentent, disent-elles, de «donner un coup de projecteur sur les violations des droits de l’homme les plus graves, comme le génocide rwandais, la Birmanie, l’Iran et l’Egypte…» Certains de ses membres ont appelé au boycott de Durban II. Cette arrogance ne peut cacher le fait que l’Histoire d’hier et la situation coloniale en Palestine ne peuvent être occultées, sous prétexte que des régimes non démocratiques sont visibles dans le tiers-monde.
L’archaïsme des régimes arabes ou autres ne peut cacher l’innommable commis à Ghaza et les injustices du système international.
La publication dans la presse européenne intitulée «L’ONU contre les droits de l’homme» et signée par une série de personnalités partiales et proches du sionisme comme Elie Wiesel, Georges Charpak, Alain Finkielkraut ou Claude Lanzmann est pathétique tant elle révèle leur alignement aveugle sur la politique inique d’Israël, leur haine des musulmans et leur travestissement de la réalité. D’autres intellectuels occidentaux médiatisés, comme Jean-François Julliard et Robert Ménard, considèrent que les revendications du Sud relèvent de l’intégrisme, et qu’il faut défendre la liberté de penser. La confusion et le détournement de sens font rage.
Des militants palestiniens pour la paix dans le Comité national palestinien pour le boycott, le désinvestissement et les sanctions et des juifs, dignes héritiers du judaïsme, membres du Réseau international des juifs antisionistes organisent samedi et dimanche, à l’Hôtel Le Grenil, la Conférence d’examen d’Israël. Ils considèrent que le Forum civil et les pays arabes ont fait trop de concessions, ils déclarent: «Nous avons décidé de créer notre propre événement parce que le Forum de la société civile ne voulait pas du mot apartheid. Il refusait aussi le terme d’occupation et de colonisation, qui sont pourtant les principales causes du racisme en Palestine. Nous regrettons aussi que la question palestinienne ait été complètement exclue du projet de déclaration finale de la conférence. Nous avons invité des avocats internationaux, israéliens et palestiniens et nous étudions de près l’expérience sud-africaine de lutte contre l’apartheid.» Les peuples ne sont pas dupes, ils savent que ce qui se passe en Palestine colonisée est pire que l’apartheid, ce qui n’est pas dans l’intérêt lui-même des juifs.
Le langage direct de responsables politiques du Sud donne de l’eau au moulin de ceux qui ne veulent pas regarder la vérité historique en face. Le président iranien a qualifié le gouvernement israélien de «gouvernement raciste», ce qui est une réalité irréfragable, d’autant qu’il n’a pas nié l’Holocauste ou le droit d’Israël à exister; et que font les délégués des pays européens, notamment les Français et les Britanniques, qui ne boycottent pas la conférence? Ils sortent de la salle! Qu’y a-t-il de choquant de dire que: «Après la fin de la Seconde Guerre mondiale, [les Alliés] ont eu recours à l’agression militaire pour priver de terres une nation entière sous le prétexte de la souffrance juive. (…) Ils ont envoyé des migrants…du monde de l’Holocauste pour établir un gouvernement raciste en Palestine occupée.» C’est un point de vue. Des puissances européennes considèrent cela comme «un appel intolérable à la haine raciste» de la part du président iranien, et appellent à une réaction d’une «extrême fermeté». Il est temps de revenir à la raison, de prendre en considération la proposition arabe qui attend depuis 2002, fondée sur la paix et la normalisation totale en échange des terres occupées par la force en 1967. C’est cela qui devrait retenir l’attention des pays occidentaux. Le Vatican de son côté, participe à cette rencontre; son porte-parole a précisé que «le Vatican participe à la conférence car il s’agit, à juste titre, d’une importante occasion de faire avancer la lutte contre le racisme et l’intolérance».
La conférence de Genève est une occasion tragique face au dialogue de sourds. L’occasion ratée de s’attaquer au sujet du racisme et des discriminations dans le monde actuel. Mais ça ne sera pas vraiment le cas, le boycott diplomatique de pays occidentaux servira finalement à reporter le débat sur l’avenir du monde et à diviser encore plus la planète en blocs. Occasion ratée pour tous. Au sein de l’Union européenne c’est aussi la division sur la question de sa participation, et elle a perdu une occasion d’être pertinente sur l’enjeu politique de reconnaître que la question palestienne est une affaire centrale, de décolonisation, cela aurait eu l’avantage de faire reculer l’extrémisme en Israël et dans le monde arabe.
Il faut féliciter l’ONU
Les Allemands, les Néerlandais, les Polonais, les Italiens, les Canadiens, les Américains, les Australiens et évidemment les Israéliens qui ont choisi la politique de la chaise vide, portent une lourde responsabilité au sujet des animosités et retards en matière de dialogue des civilisations et diplomatique entre l’Orient et l’Occident, entre le Nord et le Sud. Jusqu’à quand vont-ils pratiquer la fuite en avant et la loi du plus fort? La venue de Barack Obama devrait pourtant donner une autre orientation aux relations internationales. Les peuples veulent se tourner vers l’avenir et vivre en paix, dans un monde juste.
La hiérarchie des cultures, des races et des religions relève de la pratique sauvage et de trahisons flagrantes des valeurs abrahamiques. La sauvagerie de l’ordre dominant ne peut pas perdurer indéfiniment. Que faire pour mettre fin à cette guerre perpétuelle qui ne sert personne, surtout en temps de crise économique qui peut déraper en nouvelle guerre mondiale?
La préparation de la rencontre de Genève, et il faut féliciter l’ONU, (et indirectement la Suisse), d’accueillir cette rencontre, avait pourtant donné lieu à de sérieuses concessions de la part des pays musulmans, aboutissant à un projet de déclaration finale débarrassé des références à la «diffamation des» préconisée par l’Organisation de la conférence islamique (OCI), et qui ne focalise pas sur Israël, deux questions qui étaient controversées. A quand la fin des cycles des hégémonies, de la haine et des impasses tragiques? -Par mustapha-cherif -(*) Professeur en relations internationales.

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**ils se disent civilisés  !?

La machine à alimenter la haine est en marche. Même ceux qui ont allumé la mèche sont des gens bien élevés.Samuel Huntington a laissé un héritage bien encombrant. Le théoricien du « Choc des civilisations » avait, certes, affirmé, à la fin de sa vie, vouloir prendre un peu de distance avec la théorie controversée qui avait fait sa renommée, mais ses héritiers ne veulent pas en démordre. Ils s’accrochent à la théorie du maître, en font le moteur de leur pensée et de leur politique, et veulent l’imposer comme matrice dominante, sinon exclusive, dans les relations internationales. Pour eux, cette nouvelle guerre est destinée à remplacer aussi bien la lutte des classes que la lutte du bien contre le mal. Elle a même pour ambition d’abolir le clivage entre riches et pauvres d’un même pays, tout comme elle sert d’argumentaire pour nier le clivage entre pays pauvres et pays riches !Cette théorie suppose l’existence d’une fracture qui va s’élargir dans les prochaines décennies. Une fracture qui imposera de nouvelles frontières, celles qui séparent des grands espaces civilisationnels, dans lesquels la religion occupe une place centrale. L’enjeu des grandes batailles de demain serait donc de préserver la suprématie d’une civilisation, celle dite occidentale, contre les attaques incessantes des autres cultures. Une fois lancée, cette théorie a progressivement échappé à son auteur, pour connaître une curieuse évolution. On parle désormais de moins en moins de civilisations qui s’affrontent, pour n’en retenir que deux. Il y aurait, d’un côté, une civilisation occidentale, qui aspire à l’universalité, et dont les valeurs sont susceptibles d’assurer l’harmonie et la paix dans le monde. De l’autre côté, une civilisation menaçante poserait problème, car elle prônerait des valeurs incompatibles avec ce à quoi tend l’humanité : il s’agit évidemment de la civilisation musulmane.

 Certains faits, bien réels, comme le nombre de conflits existant dans la sphère musulmane, la violence d’inspiration religieuse, sont mis en avant pour affirmer qu’en fin de compte, Chinois, Hindous, Latino-américains et autres Japonais peuvent parfaitement s’imprégner de la civilisation occidentale, alors que l’Islam reste fondamentalement incompatible aux idées de liberté et de laïcité prônées par cette civilisation ultime.

 Nombre d’intellectuels et d’hommes politiques se sont consacrés à montrer les failles de cette thèse. Leurs arguments sont très variés. Ils vont de la responsabilité des Occidentaux dans l’émergence de l’islamisme politique, à la persistance d’injustices historiques qui favorisent le radicalisme dans le monde musulman, en passant par le soutien des pays dits civilisés aux régimes autoritaires, et les lacunes de la civilisation occidentale elle-même, qui a provoqué deux guerres mondiales, assumé le crime colonial et fermé les yeux sur le crime anti-palestinien qui dure depuis plus d’un demi-siècle.

 Mais les tenants du choc des civilisations ne désarment pas. Certes, dans leur discours officiel, ils jurent qu’ils n’ont aucune hostilité envers l’Islam, encore moins envers les musulmans. Ils s’affirment même partisans résolus du dialogue des religions et des cultures. Mais, dans les faits, ils ont mis en place un mécanisme qui alimente le monstre. Des déclarations, des initiatives politiques, des écrits : tout est bon pour susciter, à intervalles réguliers, des réactions violentes de la part de courants radicaux, ces réactions servant à leur tour à conforter l’idée que ces musulmans sont décidément inaccessibles aux grandes valeurs qui feront l’humanité de demain. Le tout étant mené sous des apparences bienveillantes. Ainsi, en France, et à l’exception d’une extrême droite raciste, aucun dirigeant politique ne s’est attaqué à l’Islam. Mais le pouvoir en place a lancé un « débat » sur l’identité nationale dont la victime première est l’Islam.

 D’une manière ou d’une autre, le parti majoritaire, celui du Nicolas Sarkozy, a pris le risque de s’engager dans une aventure qui pénalise et accuse les musulmans et leur religion. Cela ne peut que radicaliser les Français d’origine musulmane, et les convaincre qu’il y a bien un fossé entre eux et les autres. En Suisse, un pays qui n’a pas d’histoire particulière avec les musulmans, une droite imbécile a organisé un vote sur les minarets. On voudrait créer un problème qui n’existait pas qu’on ne s’y prendrait pas autrement.

 Tony Blair, l’ancien chef du gouvernement britannique, a de son côté fait preuve d’un rare cynisme en parlant de la guerre contre l’Irak. Reconnaissant implicitement avoir menti à propos des armes de destruction massive que l’Irak aurait possédées, il a affirmé que l’invasion de l’Irak s’imposait, avec ou sans ces armes. Il a précisé que seul l’argumentaire pour justifier l’agression aurait changé.

 Les propos de l’ancien Premier ministre britannique sont limpides : les tenants de la « civilisation occidentale » ont toujours raison, et leurs choix se justifient toujours, y compris contre la légalité internationale, du moment que la victime est un pays musulman. Il suffit juste de convaincre l’opinion occidentale. Celle des pays musulmans ne compte pas.

 Cette thèse risque d’être reprise contre l’Iran. Et si les Iraniens répliquent à une agression par les moyens dont ils disposent, ils confirmeront qu’ils sont des terroristes, et conforteront encore la thèse du choc des civilisations. Comme hier le colonisé, qui se révoltait, justifiait la répression exercée contre lui par le colonisateur, en montrant qu’il était incapable d’assimiler la civilisation occidentale apportée par Bugeaud, Pélissier et Massu, et soutenue par de grands hommes, comme Victor Hugo et Lafayette. Par Abed Charef…(Le Quotidien d’Oran-17.12.09.)

***«The clash of civilisation» LE DÉRÈGLEMENT DES MONDES SELON AMIN MAALOUF
Y a-t-il une rédemption?
*

«Je trouve qu’une société qui dévalorise ses enseignants est une société en crise» Amine Maalouf

Depuis le milieu des années quatre-vingt-dix avec la parution du brûlot: «The clash of civilisation» de Samuel Huntington, l’Occident qui était en perte de repères s’est trouvé un nouvel ennemi maintenant que l’empire soviétique a vécu. On l’aura compris, il s’agit non pas d’une idéologie -une de plus que l’Occident a pu réduire ou surmonter tout au long du XXe siècle- mais de la deuxième religion:l’Islam, le tiers exclus de la révélation abrahamique. Les multiples tensions çà et là ont profondément marqué les individus qu’ils soient du Nord ou du Sud, croyants ou non. On peut dire, en tentant de faire la même analyse qu’Osborne qui avançait la fin du XIXe siècle au début de la guerre de 1914, que le XXe s’est provisoirement clôturé le 11 septembre 2001. En Occident, espace repu et qui a bâti son développement sur les Suds épuisés et incapables de suivre le mouvement de la science et de la technologie, dans ce monde de plus en plus crisique, il vient que l’individu éprouve le besoin d’un retour à des «valeurs sûres» qui lui font retrouver une identité religieuse que la modernité avait réduite. Ce qui explique d’une certaine façon les replis identitaires exacerbés par une mondialisation – laminoir, une morale économique et financière gravement remise en cause et enfin, un dérèglement climatique inéluctable. Justement, dans son dernier essai, Amin Maalouf, connu pour avoir publié, entre autres, Léon l’Africain, Samarcande, les identités meurtrières, décrit le «dérèglement du monde» Pour lui, le dérèglement du monde tient moins à la guerre des civilisations «qu’à l’épuisement simultané des civilisations, l’humanité ayant atteint en quelque sorte son «seuil d’incompétence morale». A l’âge des clivages idéologiques qui suscitait le débat, succède celui des clivages identitaires, où il n’y a plus de débat. Islam et Occident: les deux discours ont leur cohérence théorique, mais chacun, dans la pratique, trahit ses propres idéaux.La Culture est la solution
Pour lui, l’Occident est infidèle à ses propres valeurs, ce qui le disqualifie auprès des peuples qu’il prétend acculturer à la démocratie. Sa tentation: préserver par la supériorité militaire ce que ne lui assure plus sa supériorité économique ni son autorité morale. Sa volonté de dominer le monde le dispute ainsi à son désir de le civiliser. La guerre en Irak en est un bon exemple: on a dit partout que les Etats-Unis apportaient la démocratie à un peuple qui n’en voulait pas. La réalité est exactement l’inverse: ils n’ont pas apporté la démocratie à un peuple qui en rêvait! Le monde arabo-musulman n’a plus ni la légitimité généalogique ni la légitimité patriotique autour desquelles il s’était historiquement structuré. Vivant dans l’humiliation et la nostalgie régressive de son «Age d’or», l’ère des islamismes ayant succédé à l’ère des nationalismes, il se trouve condamné à une fuite en avant dans le radicalisme. Ces dérèglements symétriques ne sont qu’un des éléments d’un dérèglement planétaire plus global qui exige que l’humanité se rassemble pour faire face à des urgences qui, à l’exemple des perturbations climatiques, menacent tous les peuples. Et si la Préhistoire de l’humanité prenait fin sous nos yeux, ouvrant dans les convulsions le grand chapitre d’une nouvelle Histoire de l’homme qui commence?(1)
«Amin Maalouf, écrit Françoise Dargent, se penche au chevet de deux ensembles culturels qu’il chérit également, analysant d’un côté la perte des valeurs, de l’autre l’indigence morale qui frappe le monde arabe. Il n’y voit pas qu’un dérèglement, mais plusieurs, qui concernent le climat, l’économie, la culture. Et comme il revendique chez lui “un fond de responsabilité”, il cherche des solutions possibles. Elles passent évidemment par la culture. “Il faut repenser la consommation et se dire qu’il peut y avoir des modes de satisfaction de la personne humaine issus de la consommation immatérielle et de l’acquisition de connaissances.”»(2)
«
Nous sommes entrés, écrit-il dans la note introductive, dans le nouveau siècle sans boussole. Dès les tout premiers mois, des événements inquiétants se produisent, qui donnent à penser que le monde connaît un dérèglement majeur, et dans plusieurs domaines à la fois – dérèglement intellectuel, dérèglement financier, dérèglement climatique, dérèglement géopolitique, dérèglement éthique. (…) Il ne s’agit pas ici des angoisses irrationnelles qui ont accompagné le passage d’un millénaire à l’autre, ni des imprécations récurrentes que lancent depuis toujours ceux qui redoutent le changement ou s’effarouchent de sa cadence. Mon inquiétude est d’un autre ordre; c’est celle d’un partisan de la diversité harmonieuse, qui se voit contraint d’assister, impuissant, à la montée du fanatisme, de la violence, de l’exclusion et du désespoir; et c’est d’abord, tout simplement.(..)
Ma première ambition étant de trouver les mots justes pour persuader mes contemporains, mes “compagnons de voyage”, que le navire sur lequel nous sommes embarqués est désormais à la dérive, sans cap, sans destination, sans visibilité, sans boussole, sur une mer houleuse, et qu’il faudrait un sursaut, d’urgence, pour éviter le naufrage. Il ne nous suffira pas de poursuivre sur notre lancée, vaille que vaille, en naviguant à vue, en contournant quelques obstacles, et en laissant faire le temps. Le temps n’est pas notre allié, c’est notre juge, et nous sommes déjà en sursis.
»
Pour Amin Maalouf: «Jamais le double langage de l’Occident n’a été aussi manifeste que durant l’ère Bush, et jamais le monde arabo-musulman n’a paru plus enfermé dans une impasse.»
Les plus cuisants échecs aboutissent parfois à de nouvelles avancées. (..) Or, l’Occident, constate-t-il, s’est aliéné une grande partie du monde en trahissant ses idéaux; et le monde arabe, humilié, se replie dans la déprime. (…) Ce n’est pas du catastrophisme: voyez la crise financière et la crise climatique. Et le dérèglement est non seulement économique et géopolitique, mais aussi intellectuel et éthique. Tout le monde se sent d’ailleurs déboussolé.(3)
Dans le premier chapitre, les victoires trompeuses, l’essayiste décortique les raisons qui ont fait que la chute du mur de Berlin et le triomphe du capitalisme occidental, au lieu de mener à «la fin (heureuse) de l’histoire» par l’établissement d’une démocratie planétaire, ont, au contraire, conduit au déclin de l’Occident et à la pire crise de son histoire.
Dans le second volet, intitulé «Les légitimités égarées», l’auteur examine, à la lumière de cette notion de légitimité, ce qui a mené à l’altération des rapports entre les hommes, à la mise en place d’équilibres ou plutôt de déséquilibres nouveaux et à l’émergence des ressentiments suicidaires qui constituent la grande menace de ce XXIe siècle. Remontant, avec simplicité et clarté, le cours de l’histoire depuis le démantèlement de l’Empire ottoman à nos jours, il explique l’essor des communautarismes et l’explosion des fanatismes par les défaites des nationalistes. Pour Maalouf, ce sont les échecs successifs des régimes qui se réclamaient du nationalisme arabe qui ont mené aux crispations identitaires et donné du crédit aux mouvements islamistes. Il y a lieu d’agir, soit par la mise en place de garde-fous institutionnels, soit même si nécessaire par la supervision active de la communauté internationale, tout au moins en créant une atmosphère propice à apprivoiser la «bête identitaire».
Enfin, dans son épilogue, Maalouf propose la seule alternative qui permette de «sortir par le haut» du dérèglement qui affecte le monde. Et qui consiste en l’adoption d’«une échelle des valeurs basée sur la primauté de la culture», «qui engloberait une vision sage, équitable et renouvelée de la politique, de l’économie, du travail, de la consommation, de la science, de la technologie, du progrès, de l’identité, du religieux et de l’histoire».(4)
Bien avant Amin Maalouf l’Emir Abdelkader dans «El Maoukef» écrivait à propos de la défaite de la pensée en Occident: «
Plutôt que d´interroger, nous nous interrogeons sur l´avenir de l´homme en général et de l´Occident en particulier puisque c´est lui qui dominera le monde matériel.
Cet Occident est malade de son intelligence. Il a beau être savant, il n´arrive pas à saisir une vérité essentielle tant il est vrai qu´il est assoiffé de conquête et de pouvoir, aveuglé par l´illusion de sa puissance, prônant l´argent pour Dieu.
» René Guénon à son tour, dans les années vingt du siècle dernier avait pointé du doigt l’inanité d’un Occident pétri de certitude. Lisons ce qu’écrivait René Guénon: «Comme ces causes sont précisément en même temps, celles qui empêchent toute entente entre l’Orient et l’Occident, on peut retirer de leurs connaissances un double bénéfice: travailler et préparer cette entente, c’est aussi s’efforcer de détourner les catastrophes dont l’Occident est menacé par sa propre faute.» «Chez eux, l’esprit de conquête se déguise sous des prétextes “moralistes”, et c’est au nom de la “liberté” qu’ils veulent contraindre le monde entier à les imiter!»
«(…) Etant donné l’état d’anarchie intellectuelle dans lequel est plongé l’Occident, tout se passe comme s’il s’agissait de tirer du désordre même, de tout ce qui s’agite dans le chaos, tout le parti possible pour la réalisation d’un plan rigoureusement déterminé.» L’immuable, ce n’est pas ce qui est contraire au changement, mais ce qui lui est supérieur, de même que le «suprarationnel» n’est pas l’«irrationnel».(5)
D’autres penseurs arabes installés en Occident cherchent une voie de passage qui tient de l’acrobatie sans filet. Ils veulent en effet, s’acculturer en essayant de faire paraître leur identité religieuse sous un jour acceptable selon les canons occidentaux.
Tariq Ramadan décrivant un sujet qui agite l’Europe, l’entrée de la Turquie, écrit:
«(…) Encore faut-il que les Etats européens dépassent leur peur de l’Islam, et qu’ils cessent de “culturaliser” la question de l’adhésion de la Turquie à l’UE. Les seuls critères d’adhésion doivent être ceux de Copenhague (1993).(…) Or, derrière les palabres et les résistances européennes, on sent bien que la question est culturelle et religieuse(…) Nous avons besoin de politiciens européens courageux qui développent une nouvelle vision de cette relation avec la Turquie, et qui rappellent que celle-ci, de par son histoire, sa géographie, son poids économique et sa situation naturelle de médiateur avec “le monde musulman”, est un atout majeur pour l’Europe et son avenir».(6)
Tariq Ramadan dans un ouvrage récent: L’Autre en nous.(…) écrit: «Il faut accepter l’Autre qui est en nous, ça sert à rien de rester crispé sur son identité. Etrangement sur son site il développe un autre discours La résistance à cet Occident sécularisé, marchand, inculte, la seule résistance organisée provient de l’Islam, qui est d’une certaine façon inassimilable. Cette résistance constitue peut-être une chance pour l’humanité face au polythéisme d’aujourd’hui qui est l’argent, le pouvoir, la technique, le sexe, la violence, le bruit, la négation astucieuse ou brutale de toute spiritualité. Il est trop simple de dire: l’Occident contre l’Islam. Le monde musulman manifeste aujourd’hui, il est vrai, une résistance forte et quasi générale. Mais il n’est pas seul contre tous et les femmes et les hommes de conscience et de bonne volonté ne manquent pas dans les deux sphères de civilisation. Etre contre l’Occident, cela ne veut pas dire grand-chose. Etre contre les excès de l’Occident et de sa violence symbolique, quant au modèle de vie qu’il veut imposer, me paraît un indice de bonne santé spirituelle, intellectuelle et morale que beaucoup expriment aujourd’hui. Les alliances constructives sont possibles, somme toute, elles sont impératives.»Rappel de taille

Dernier exemple de cette guerre larvée entre l’Occident – coupable ad vitam aeternam envers Israël, au point que toute sa politique des droits de l’homme est à géométrie variable avec l’Orient musulman. «Le clash est inévitable» écrit David L’Epée, que nous assène Michel Danthe dans Le Matin Dimanche du 19 avril. Quel clash? «Ceux qui doutent encore que la planète ne soit confrontée à ce que le politologue américain Samuel Huntington a appelé le choc des civilisations verront à l’oeuvre ce qu’il signifie.» Quel est, diable, cet événement cataclysmique que le journaliste nous annonce avec un ton si menaçant? La troisième guerre mondiale? Les invasions barbares? Non, tout simplement Durban II, la conférence internationale de l’ONU contre le racisme…Eh bien non, le président iranien Mahmoud Ahmadinejad, et que celui-ci, en plus d’avoir le mauvais goût d’être bronzé et musulman (ce qui n’est plus très à la mode chez les antiracistes institutionnels), a exprimé quelques réserves sur la délicatesse des autorités israéliennes en matière, justement, de droits de l’homme et de discrimination ethnique.
Rappelons toutefois un ou deux petits détails à ces messieurs: contrairement à ce qui a été répété à l’envi dans tous les médias, le président Ahmadinejad n’a jamais appelé à rayer Israël de la carte; une brève recherche sur Internet vous permettra de voir que ses paroles ont été tronquées pour les besoins d’une certaine propagande. Il est de notoriété publique que Tsahal et le gouvernement israélien se sont rendus et se rendent toujours coupables de crimes de guerre et de crimes racistes; la dénonciation de ces crimes a sa place toute désignée dans cette conférence de Durban II.
On ne peut que souhaiter bon vent à Amine Maalouf pour son combat contre justement l’intolérance d’où qu’elle vienne. J’espère seulement qu’il se remettra rapidement à nous enchanter avec un nouveau roman de la taille et de l’élégance de Léon l’Africain.
L’Homme a besoin de croire au merveilleux. Nous avons toujours besoin de re-symboliser le monde du XXIe siècle. Il nous faut raconter les histoires et écouter celle des autres. C’est peut- être cela l’altérité qui verra l’avènement de la sagesse et nous mènera à la paix. Par le Pr Chems Eddine CHITOUR- (*) Ecole nationale polytechnique
1.Amin Maalouf: Le dérèglement du monde – Editeur: Grasset mars 2009
2.Françoise Dargent: Amin Maalouf, un humaniste inquiet. Le Figaro 13/03/09
3.A.Maalouf: http://mplbelgique.wordpress.com/2009/04/11 monde-moins-suicidaire/
4.http://www.pcf 44.com/index.php?option=com_content&view=article&id=75: brillant-et-grave-un-essai-de-amin-maalouf
5.La rencontre de l’Orient et de l’Occident. Mardi 21 Avril 2009 matricenom@free.fr
6.Tariq Ramadan: Obama a raison, la Turquie est européenne: Le Monde. 16.04.2009
7.David L’Epée Agoravox Pas facile d’être antiraciste à l’ONU…21 avril 2009.



29 commentaires

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