Web et Réseaux

*13 mars 2010

Démocratisation par le web: …Ça n’est pas une utopie, affirme Clay Shirky

 Mon dernier billet porte sur l’avertissement lancé par Evgeny Morozov dans la revue britannique Prospect à tous ceux qui croient en une vertu démocratisante des technologies de l’information. Attention, dit-il en substance, elles peuvent tout aussi bien être utilisées par les dictateurs pour réprimer, tromper et détruire les mouvements démocratiques.

Attaqué personnellement pour son rôle dans la vision “utopiste” de Twitter et de l’internet, Clay Shirky répond dans le numéro suivant. Au total ils ont eu droit à deux articles chacun (Morozov 2 et Shirky 2 ).

Shirky concède sans difficulté que les protestations de novembre 2009 en Iran n’ont pas pu être déclenchées par les médias sociaux type Twitter (ni par les téléphones mobiles pourtant plus importants). La source en est la volonté des gens, “the willingness of the people to defy their government.” Ceci dit, le point central n’en est pas moins que “just as the Protestant Reformation was shaped by the printing press, the Iranian insurrection was and is being shaped by social media.” Les TIC, comme d’autres technologies, forment les mouvements qui s’en servent.

Son credo demeure que “the spread of mobile phones and internet connectivity will reshape that civic life, changing the ways members of the public interact with one another.”

Le gouvernement se sert des TIC pour réprimer, mais “even taking into account the increased availability of surveillance, the net value of social media has shifted the balance of power in the direction of Iran’s citizens.” L’équilibre du pouvoir a changé.

L’argument de fond, connu de longue date, reste pour Shirky que si l’Iran peut bloquer les communications, le temps d’une manifestation (un modèle qu’il qualifie de “temporary Burma”), il est peu probable qu’il parvienne à fermer complètement le pays pendant longtemps.

C’est pourquoi le cas iranien est si important. “As usual, the state has more power than the insurgents, but the insurgency has nevertheless achieved the transition from distributed but uncoordinated discontent to being an actual protest movement, and part of that transition was achieved with these tools.” L’état a plus de pouvoir mais les protestataires, hier atomisees, sont devenus un mouvement

Tout n’est pas dit pour autant.

Nancy Scola de TechPresident, par exemple, reproche aux deux compères d’ignorer l’impact sur la démocratisation quotidienne, sur l’ouverture des sociétés.

Il faut aller plus loin. La réflexion est utile mais le problème est mal posé parce qu’il part, sans le dire, d’une prétendue “nature” des technologies de l’information qui serait ainsi “bonnes” ou “mauvaises”.

Leur plus grand mérite, d’un point de vue social et politique est d’ouvrir de nouveaux espaces d’affrontements sur lesquels les puissants peuvent jouer de leurs atouts traditionnels mais à condition de les déployer de façon innovante. Les contestataires, de leur côté bénéficient souvent du fait qu’ils peuvent les occuper de façon plus agile et y tirer partie de nouvelles opportunités dans des champs non encore définis.

Qu’en pensez-vous? (Blog du Monde-13.03.2010.)

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**10 mars 2010

Démocratisation par le web? … Pas évident, selon Evgeny Morozov

Le gouvernement des États-Unis vient de mettre fin à l’interdiction d’exporter des technologies de communication à l’Iran, au Soudan et à Cuba.
“The more people have access to a range of Internet technology and services, the harder it’s going to be for the Iranian government to clamp down on their speech and free expression,” a déclaré un membre de l’administration Obama au New York Times.
La croyance dans la démocratisation par les technologies de l’information est répandue et je suis bien conscient d’y contribuer. La vision la plus carricaturale nous en est donnée par tous les articles écrits sur la “Twitter Revolution” en Iran.
Pas si simple clame Euvgeny Morozov . Dictateurs et fanatiques peuvent, eux aussi, nous innonder de tweets, se servir de Facebook et de YouTube.
Ils le font avec un art et une maîtrise croissants.
La publication, ce mois-ci, par la revue
Booksmag.fr , d’un long article de Morozov sur le sujet et de la réponse de Clay Shirky, gourou de l’internet démocratisant, sont une excellente occasion pour faire le point.
Commençons par les arguments de Morozov qui est, entre autres, blogueur sur le site de Foreign Policy .
J’en retiendrai trois (mais vous invite à lire l’essai en entier sur Prospects ou dans la version papier que vient de publier Books).
>> Les concessions: En permettant à un grand nombre de gens de suivre un mouvement de protestation, le web permet aux sympathisants timides (fence sitters, ceux qui restent sur le trottoir) de rejoindre les autres quand ils sont nombreux. “technology reduces the marginal cost of protest, helping to turn “fence-sitters” into protesters at critical moments. An apolitical Iranian student, for instance, might find that all her Facebook friends are protesting and decide to take part.”
Le mouvement peut ainsi fire boule de neige ou, comme le disent les spécialistes, des “cascades informationnelles”. Dans certains cas, cela rend également plus difficile la répression brutale: “Some governments, like Burma and North Korea, don’t care about looking brutal, but many others do.”
>> Dans de nombreux cas dont la Biélorussie, l’Iran, la Chine, l’utilisation du web par les gouvernements a dépassé l’usage des contestataires. Ils s’en sont servis pour “transmettre la peur” aussi bien que pour suivre la piste des dissidents. “getting access to an activist’s inbox puts all their interlocutors in the frame”. Ils ont de plus en plus volontiers recours à des compagnies spécialisées dans le data mining pour “identifier les fauteurs de troubles”.
>> Nous nous faisons des illusions sur les bienfaits démocratisants de l’internet. “Information cascades often fail to translate into crowds, even without state fear-mongering.”
A cela il faut ajouter que si l’internet contribue à réduire le pouvoir des régimes autoritaires, ça n’est pas nécessairement pour le transférer aux démocrates.
“Instead it often flows to groups who, if anything, are nastier than the regime.” Ils font (Morozov ne le dit pas, en tous cas dans cet article) du crowdsourcing de la répression avec des sbires particulièrement peu reconmmandables mais qui bénéficient de leur appui. Ils savent aussi que “the internet could be a new opium for the masses.”
Conclusion: “We shouldn’t kid ourselves. Nobody knows how to create sustainable digital public spheres capable of promoting democracy.”
L’internet peut aussi servir aux ennemis de la démocratie.
La répression peut fort bien s’externaliser.
Et bien sûr notre penchant à nous faire des illusions est la faute d’un autre: Clay Shirky , gourou de la capacité de “s’organiser sans organisation” notamment dans le domaine politique est, selon Morozov, “the man most responsible for the intellectual confusion over the political role of the internet.”
Heureusement, aussi bien Prospect, revue britannique qui a initié le débat que Books, qui le reprend, lui cèdent la parole.
J’y reviens demain avec quelques commentaires de mon cru.
Je suis curieux, en attendant, de savoir ce que vous pensez du pavé jeté dans la mare du consensus par Morozov. (Blog du Monde-10.03.2010.)

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**04 mars 2010

un problème avec …“dématérialisation”

mushroomcloud-thomashawk.1267693137.jpg Je n’arrive pas à me faire au terme “dématérialisation “. Il enferme une peur qui empêche peut-être de voir la profondeur et la variété des transformations rendues possibles par les TIC. J’aimerais bien avoir votre avis, vos exemples là-dessus.

En gros le terme est utilisé pour rendre compte de ce processus qui consiste à faire disparaître livres, journaux et CD analogues, tous transformés en fichiers électroniques aveuglement traités par des ordinateurs (dont nous avons, manifestement encore peur).

Il est généralement utilisé à la place de “digitalisation” (numérisation pour les chatouilleux) des contenus et le fait qu’ils sont accessibles sur le web.

Libraires, éditeurs, patrons de journaux et vendeurs de CD ont de bonnes raisons d’être inquiets. Ça n’est pas une raison pour les aider, en utilisant ce terme, à propager leurs craintes devant la nécessité de repenser leur modèle économique.

Il y a plus grave: ils empêchent – s’empêchent? – de voir plein de dimensions, d’actions, d’utilisations rendues possibles par la digitalisation et dont nous commençons à voir les effets.

A titre d’exemples:

Données: c’est le pari fait par Google pour nous offrir tous ses services (un peut trop sans doute, mais quand même), depuis la recherche jusqu’à la localisation en passant par les livres électroniques;

Liens: c’est la possibilité de représenter et d’activer sur le web ceux que nous avons avec famille, amis et connaissances qui fait tout l’intérêt de Facebook;

Géolocalisation: elle donnera bientôt lieu à une publicité agressive ou utile omniprésente, mais devrait aussi, grâce aux programmes de réalité augmentée, nous permettre de mieux évaluer dans l’environnement dans lequel nous nous trouvons;

Temps réel: la pression issue du succès de Twitter nous invite à tirer parti d’une information qui n’attend pas;

Web squared : le fait, pour reprendre l’expression de John Batttelle et Tim O’Reilly que “le web est le monde” puisqu’on peut y trouver, à côté des fichiers de livres ou de musique, la “trace informatique” des objets du monde réel (qui en ont tous une aujourd’hui).

On peut construire, autour de ces quelques notions (et de quelques autres que vous avez sûrement en tête et que je vous invite à partager) de nouvelles façons de vivre, de créer et de faire des affaires.

Ai-je raison de protester contre l’utilisation du terme “dématérialisation”? Quelles autres dimensions nous empêche-t-il de voir?(Blog du monde)

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**dialogues entre Arabes et Occidentaux gràce à l’internet

26 février 2010

“Adressez-vous aux gens dans l’idiome qu’ils comprennent”…a dit le prophète Mohammed

meedan.1267172340.png Il y a même des gens qui voudraient améliorer les dialogues entre Arabes et Occidentaux et qui croient que les technologies de l’information peuvent aider. Dans cet esprit, ils ont créé Meedan , un site de traduction automatique assistée: le texte est d’abord passé à la machine. Ce qui en ressort est ensuite vérifié et amélioré par des traducteurs professionnels ou volontaires.

Dans la logique de Wikipedia, toute personne inscrite sur le site peut modifier une traduction et l’histoire de chaque texte est conservée pour retrouver les modifications et qui les a apportées.

Les Arabes avaient déjà mis en œuvre vers le VIIIème siècle une idée comparable : faire traduire des milliers d’ouvrages pour améliorer leur compréhension de tous ceux qui avaient écrit avant eux.

Plus important encore que les articles, les commentaires sont eux aussi traduits. Vous pouvez dire, en anglais, ce que vous pensez d’un sujet (les mariages d’enfants, par exemple) et être lu en arabe par des Saoudiens, dont vous découvrirez que leurs réactions peuvent être tout aussi critiques que les vôtres.

Ed Bice, le fondateur, aime à dire qu’il voudrait “aider un habitant du Nebraska voir un évènement avec les yeux d’un habitant de Naplouse”. La traduction est, en fait, selon lui “une aventure sociale” (a social pursuit). Et le sens de Meedan tient plus aux communautés dont il aspire à faciliter les créations qu’au continu qu’il publie: ” It’s not a content project, it’s a community project.”

La plupart des articles (je vous conseille entre autres celui de Wired , celui du britannique Journalism, et celui d’un des blogueurs d’Al Jazeera ) soulignent qu’il s’agit de promouvoir la bonne entente entre les peuples. Une intention louable mais sans doute difficile à matérialiser à court terme entre Arabes et occidentaux. Bice lui-même dit du dialogue transculturel que “c’est un défi que je ne sous estime pas”.

Passionné par l’usage social des données, il espère, par contre que réunir qu’en réunir sur les populations qui se parlent “devrait aider à mieux définir les racines des désaccords en relation avec des facteurs comme le lieu d’origine, le langage, les réseaux sociaux auxquels elles sont connectées et d’autres traces du même genre que Meedan est capable de capturer.” La même démarche pouvant être suivie, bien sûr, en cas d’accord.

Il trouve que le projet serait utile s’il permettait, entre autre, aux utilisateurs de “se confronter à des positions diamétralement opposées aux leurs puis de se pencher sur les origines géographiques et sociales de chacun”.

Voilà qui est intéressant.

Faciliter le dialogue est généralement une bonne idée mais l’illusion dangereuse aujourd’hui consiste à privilégier le consensus au point d’évacuer les conflits. On irait sans doute plus loin en partant de ces derniers et en acceptant d’en parler.

Il me semble que traduction, compilation de données sociales et acceptation des désaccords peuvent créer une bonne base de départ pour des dialogues pas toujours plus amicaux mais sans doute plus réels.

Qu’en pensez-vous? (Blog Du Monde)

PS – Le titre de ce billet est l’un des plus célèbres dits de Mahomet devenue formule courante explique Taieb Baccouche .

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**16 février 2010

Humoristes et médias sociaux: leçons québécoises

garon-humoristes-quebecois.1266303859.png Menée au Québec par Geoffroi Garon , cette enquête (qui porte sur 120 personnes) vaut plus encore pour ce qu’elle nous dit des medias sociaux que pour ce qu’elle révèle de cette “tribu” bruyante: les humoristes en quête de publics.

Premier niveau de résultats:

79% d’entre eux sont sur Facebook, 17% sur Twitter et 6% sur YouTube. 69% ont un site web actif et 18% un blog (je demande pardon pour l’orthographe á mes lecteurs québécois). 65% existent sur Wikipedia (je ne sais pas quoi en conclure sur le sérieux de l’encyclopédie).

Interrogé par tchat Caron m’a précisé que c’est l’importance de Facebook dont il juge la puissance “hallucinante” qui l’a le plus surpris.

Deuxième niveau, Garon tire les 5 conclusions suivantes qui dépassent le cadre strict de l’enquête:

Facebook permet de profiter de l’effet viral… qui pourrait se traduire par plus de monde aux spectacles. (Gad El Maleh a plus d’1,3 M de fans).

Wikipedia est bon pour la crédibilité, notamment grâce à son ton neutre.

Un blog bien tenu permet de rendre compte d’un parcours et a l’avantage d’être recensé par les moteurs de recherche.

Twitter permet de mobiliser rapidement les fans et de les amener sur les autres espaces plus stables (site ou blog).

YouTube et MySpace permettent de partager des vidéos virales et, entre autres, de tester textes et gags…

Pas de surprise dans ces leçons mais il est bon de les voir testées sur un groupe concret.

Ne trouvez-vous pas que c’est un comble de voir les humoristes nous montrer comment prendre les medias sociaux… au sérieux?

 



6 commentaires

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