Le Net n’est pas le diable

Le Net n’est pas le diable. Pas plus que du « journalisme poubelle », selon Dominique Wolton cité par Gérard Courtois dans Le Monde.

Il n’est plus temps de s’émouvoir devant la surabondance des informations qui nous arrivent par toutes sortes de canaux, des médias traditionnels comme de la Toile. C’est un fait dont nous devons nous féliciter au lieu de ressembler à ces personnages repus qui se plaignent d’avoir trop à manger quand à côté d’eux on meurt de faim. Cette profusion de nouvelles, importantes ou dérisoires, graves ou anecdotiques, constitue à l’évidence une chance. Mieux vaut un monde saturé de cette manière démocratique qu’un univers atteint de faiblesse et de langueur à force de pureté éthique et de discrimination sévère. Convient-il de perpétuellement sonner le tocsin pour alerter journalistes et politiques sur les risques de délégitimation que les uns et les autres encourraient, à la suite de cette effervescence lançant une infinité de messages comme autant de « bouteilles » aux esprits et aux curiosités ? Je ne le crois pas sauf à aspirer à la dénaturation d’un bienfait indiscutable en une menace sans cesse évoquée et susceptible à la longue de corrompre le plaisir civique de la lecture, de l’écoute et de la vision, chacune apportant aux autres sa saveur singulière.

Le Net n’est pas le diable et il serait illusoire de prétendre départager le bon grain et l’ivraie en donnant quitus à telle approche de l’actualité et en condamnant telle autre. Je suis persuadé que l’impérialisme bienfaisant de la Toile, ne se substituant pas aux médias classiques mais leur ajoutant une pincée de soufre, un zeste d’audace, une curiosité moins élitiste, une inquisition à la fois plus modeste et plus fouillée, une obsession d’aller débusquer les petits secrets dans les grandes affaires, les grands ressorts des petits arrangements, n’est pas plus discutable que le message pluriel, inégal et contrasté qu’elle épand avec générosité, sur un mode erratique ou réfléchi, au coeur de nos interrogations simples ou complexes. Le Net est indissociable de la fulgurance chaotique ou maîtrisée de ses élans, de ses avancées. Il serait absurde de rêver d’une régulation morale, à la supposer techniquement possible, comme si le cours d’un torrent appelait un regard d’affliction courroucée parce qu’il est trop puissant, intense, imprévisible.

Le Net n’est pas le diable. Pas plus que le message. C’est notre capacité à analyser ce dernier, notre aptitude à le mêler à la somme d’informations qu’une journée transmet pour mieux le hiérarchiser, le décrypter, qui constitueront la meilleure méthode pour nous sauver demain non pas de la Toile ni de ce qu’elle dispense mais de la médiocrité d’une société incapable de s’enrichir de ce formidable capital. Le désordre ne vient pas de la masse mais de l’infirmité ou de la paresse du regard. Ce qui nous est donné, offert ne doit pas être gâché. Citoyens, journalistes, blogueurs et politiques, forcément réunis dans cette vaste entreprise d’intégrité intellectuelle et d’exigence républicaine, n’ont pas besoin d’être dressés les uns contre les autres mais au contraire devraient épouser avec bonheur l’opportunité d’une contradiction acceptée et sans commune mesure avec les débats limités d’antan.

Puis-je prendre un exemple qui m’a frappé et qui va me faire demeurer aux portes du procès Clearstream ? On a pu trouver grandiloquente ou flamboyante, enflée ou déchaînée, la déclaration de Dominique de Villepin avant son entrée dans la salle d’audience. Elle s’inscrivait en tout cas dans le registre politico-judiciaire et, par sa fureur préparée, échappait à la pire des attitudes dans ce type de conflit : la dérision. Les chaînes de télévision l’ont diffusée et la presse écrite l’a publiée (Le Monde).  Mais qui aurait pu connaître la réplique de Pierre Charon, conseiller de l’Elysée, partie civile dans ce même procès, si un site ne l’avait pas reprise dans le détail (lenouvelobs.com) ? J’ai été effaré de lire, de sa part, pour accabler Dominique de Villepin, des références au « Club Med », aux « Chippendale », une grossièreté qui indirectement atteignait son épouse et ses enfants dont il aurait été « flancardé » – une tonalité qui, s’efforçant à la méchanceté, pâtissait de la vulgarité reprochée aux propos de Dominique de Villepin et qu’ils ne contenaient pas. Me Herzog, devant les micros, a su donner à sa réponse pourtant vive une tout autre tenue. Chacun est libre, comparant l’intervention de l’un et les ripostes des autres, de se forger un point de vue grâce à la télévision et au Net. Cette démarche peut, pourrait être multipliée sans modération.

Si le Net est parfois poussé sans contrôle à diffuser du poison, vers un débridement malsain, il trouve immédiatement son contre-poison, le remède dans les réactions nombreuses, les rectifications pointilleuses et pointues, les indignations ou les approbations que la moindre nouvelle, le message le plus lourd comme le plus anodin, politique ou de divertissement, suscitent chez les internautes. Il n’y a pas pires censeurs, heureusement, que ces sourcilleux de la vigilance et ces adeptes obsessionnels du mot, de l’idée, de la part qui manquent.

Pour être sincère, ce billet ne m’a pas seulement été inspiré par la controverse relative à la Toile et à son rôle prétendument négatif après le campus d’été des jeunes UMP à Seignosse mais aussi par le débat passionnant de Mots croisés sur le Net et les vidéos. Dominique Wolton, effrayé par le flot d’informations, enjoint aux journalistes et aux politiques de prendre garde à eux. Sa sinistrose – je l’espère – va constamment anticiper une réalité qui toujours la démentira. Il a été courtoisement mais vigoureusement contredit par David Abiker dont l’intelligence époustouflante a offert, en l’occurrence, la plus brillante des plaidoiries aux épris sans état d’âme de la Toile et, en même temps, des médias qu’elle ne tue pas mais stimule.(Justice au singulier-23.09.09.)

 



3 commentaires

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