Avec Assange,fondateur de WikiLeaks: entretien au coin du feu

Julian Assange quitte un tribunal londonien le 7 février 2011 (Andrew Winning/Reuters). 

* (De Ellingham Hall, Grande-Bretagne) Difficile de ne pas devenir parano : nous conversons depuis un moment dans le salon d’une vaste demeure avec Julian Assange, le fondateur de WikiLeaks, lorsqu’un hélicoptère de combat britannique passe en rase-mottes, au ralenti, devant l’immense baie vitrée donnant sur la campagne anglaise…Rue89 est désormais partenaire de WikiLeaks, c’est-à-dire que nous avons accès aux câbles diplomatiques en la possession de l’ONG. Mais avant d’être « approuvé », il faut rencontrer Julian Assange et signer un contrat fixant les règles d’utilisation avec son organisation.WikiLeaks et Rue89.Et pour rencontrer Julian Assange, il faut aller le voir dans cette résidence d’Ellingham Hall dans laquelle il est assigné depuis sa libération sous caution pour répondre d’une demande d’extradition suédoise dans l’affaire des poursuites pour « sexe par surprise », une disposition très suédoise. Il a perdu en première instance, et attend de passer en appel en juillet, mais d’ici là, il ne peut pas quitter cette campagne isolée d’Angleterre, à deux heures de tortillard de Londres.

**Conversation à bâtons rompus

Julian Assange n’a pas besoin qu’on lui explique qui nous sommes : il sait déjà tout. Mais il mène, pendant deux heures, une conversation à bâtons rompus au coin du feu de cheminée allumé par l’un de ses jeunes collaborateurs, histoire de tester son visiteur, de l’éprouver sur les sujets d’actualité, sur son regard sur WikiLeaks et sur les dossiers qu’il peut être amené à traiter sur la base des câbles du Département d’Etat américain mis à sa disposition.

Il ne s’agit pas d’une interview, ni dans un sens, ni dans l’autre. Il s’agit de faire connaissance et de se comprendre avant d’aller plus loin. Julian Assange a un regard puissant, il scrute et écoute soigneusement son interlocuteur, sans jamais se laisser détourner de ses raisonnements et de sa logique.

Julian Assange ne cherche pas à se justifier de quoi que ce soit, ni à convaincre les sceptiques ou ses détracteurs. Tout juste dit-il qu’il n’a « pas eu d’autre choix » que de personnaliser sa démarche autour de lui-même, faute de quoi, selon lui, les médias n’auraient pas suivi et trop de fausses informations auraient circulé. Si c’était à refaire, il referait les choses de la même manière.

Mais sa préoccupation aujourd’hui est d’abord d’échapper à l’extradition, non pas tant en Suède, mais surtout aux Etats-Unis où, pense-t-il, on est en train d’essayer d’organiser son rapatriement pour le juger pour espionnage. Et il lui semble qu’une telle extradition sera plus aisée en Suède qu’en Grande-Bretagne.

Le fondateur de WikiLeaks cherche aussi à s’assurer que l’on a bien compris la règle du jeu, bien décrite dans un contrat très juridique signé entre Rue89 et WikiLeaks. Un contrat dont l’essentiel porte sur les règles de sécurité visant à éviter les critiques qui lui avaient été adressées lors de la diffusion de son premier jeu de documents, consacrés à l’Afghanistan, et qui avaient pu mettre en danger les informateurs afghans des Américains dont les noms n’avaient pas été expurgés des télégrammes.

Il y a donc désormais des procédures très strictes à respecter pour ne mettre personne en danger, tout en permettant à l’information de sortir.

**WikiLeaks et les médias
 

WikiLeaks a choisi de passer par des médias pour diffuser les documents en sa possession. Après le premier trio de supports – New York Times, The Guardian, Der Spiegel –, Julian Assange a considérablement élargi le cercle de ses partenaires. A la fois parce que ses relations se sont déteriorées avec ses partenaires initiaux britannique et américain, mais aussi pour donner plus d’écho encore aux documents.

Il a élargi le nombre de partenaires par pays – en France, initialement Le Monde, un temps Owni, puis Mediapart et Rue89 –, mais aussi le nombre de pays concernés, puisqu’il a désormais plus de 70 partenaires dans un grand nombre de pays, du Nigéria au Pakistan, de la Colombie au Japon, afin que ce soient des journalistes locaux qui fassent le tri.

Les journalistes, pour Assange, sont mieux à même de déceler ce qu’il y a d’intéressant dans des câbles qui, pour beaucoup, contiennent des banalités ou des considérations administratives ou techniques, mais aussi pour en retirer tout ce qui peut avoir des conséquences négatives sur la sécurité d’individus.

**Rue89 et WikiLeaks

Rue89 a donc accepté ces règles du jeu, tout en gardant sa complète indépendance de traitement des informations, d’analyse, et de commentaire sur les câbles diplomatiques, et sur WikiLeaks en général.

Sans être des adeptes d’une impossible et pas nécessairement souhaitable transparence absolue – si Palestiniens et Israéliens négociaient en secret une paix véritable, qui s’en plaindrait ? –, il nous semble que WikiLeaks joue son rôle de contrepouvoir face à des Etats qui ont usé et abusé du secret.

Les révélations de WikiLeaks sur l’Afghanistan – qui viennent d’être publiées en livre sous le titre « Journal du bourbier afghan » (éd. Jean Claude Gawsewitch) – ou la description du système de corruption de Ben Ali et la famille Trabelsi en Tunisie dans un télégramme de l’ambassade américaine à Tunis, jouent un rôle important dans l’information des citoyens des pays concernés, et ont même pesé sur des situations en mouvement comme dans le cas tunisien.

Pour autant, WikiLeaks n’est pas au-dessus de l’investigation de ses propres activités et fonctionnement, pas plus que Julian Assange lui-même, qui doit faire face non seulement aux attaques de ses ennemis, mais aussi aux critiques de ses ex-amis. La transparence doit aussi s’appliquer à ceux qui la prônent…

Pour l’heure, il est incontestable que le coup de pied de WikiLeaks dans la fourmilière du sacro-saint secret diplomatique dérange surtout les adeptes de la realpolitik, et que si Julian Assange et ses amis sont devenus des hommes à abattre, c’est d’abord pour de mauvaises raisons.

De ce point de vue, le sort réservé au soldat Bradley Manning, accusé d’être à l’origine des fuite des câbles et qui est victime de pressions psychologiques dans le système de la justice militaire américaine, est indigne.

Rue89 va donc faire son travail journalistique dans les documents qui sont en sa possession, et en sortir les éléments qui permettent de mieux comprendre le monde dans lequel nous sommes, les motivations, les raisonnements, et les méthodes des différents acteurs, vus à travers le prisme de la diplomatie américaine telle qu’elle communique en interne.

C’est un travail d’information légitime et nécessaire, dans un monde complexe en pleine transformation. (Rue89-06.04.2011.)

Photo : Julian Assange quitte un tribunal londonien le 7 février 2011

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 **Avec Wikileaks, la cyberguerre est déclenchée

*Le temps des guerres conventionnelles est-il révolu ? Une nouvelle forme d’affrontement est en gestation. La cyberguerre s’approche et la lutte pour la suprématie a déjà commencé.

«Wikileaks, quels enseignements pour l’Algérie» est le thème d’une conférence tenue, hier, par Dardouri Abdelaziz, directeur général de la Société de sécurisation informatique, juste après l’inauguration du centre de recherche stratégique et sécuritaire à l’hôtel El-Djazaïr à Alger. Cette conférence a plongé l’assistance dans une inquiétude indescriptible. Les têtes des participants et des conviés étaient remplies d’interrogations à tel point qu’ils ne laissent paraitre sur leurs visages que frayeur et étonnement. Et pour cause : le conférencier prévient d’une cyberguerre qui serait en gestation, à la faveur de la multiplication des cyberattaques, à travers de simples accessoires informatiques. Le phénomène Wikileaks serait, selon lui, l’un des signaux de cette guerre silencieuse. Selon lui, il n’y a plus rien à cacher, tout est espionné avec l’avènement des nouvelles technologies d’information et de communication. Un téléphone mobil, un MP3, un message électronique, un site web, un antivirus, un CD et autres supports peuvent être porteur de virus introduit délibérément à des fins d’espionnage et de sabotage, a-t-il indiqué soulignant que la vulnérabilité de certains logiciels de sécurisation informatique est souvent délibérée afin que les développeurs puissent avoir des facilités à l’intrusion et au téléchargement de données confidentielles. Les hackers, poursuit-il, peuvent s’infiltrer dans un PC sans que ce dernier soit connecté à l’internet grâce au procédé, nommé par Dardouri, «Stuxnet». «Une sorte d’arme de sabotage industriel, incluse dans une clé USB, qui se met à fouiller joyeusement et à émettre gracieusement des données à partir d’un ordinateur», précise-t-il. Ce directeur général de la Société de sécurisation informatique qui, à travers son exposé technique sur Wikileaks, indique que «les systèmes de sécurisation informatiques sont vulnérables quelque soit leur niveau de performance». Et pour ce prémunir, «il faut non seulement se protéger de manière constante, mais aussi anticiper les éventuelles menaces. Cela ne peut se faire que lorsque les logiciels et les accessoires informatiques sont complètement fabriqués localement». Car à ses dires, le matériel informatique ou électronique est susceptible d’être utilisé à la fois comme bouclier et comme arme destructrice, non seulement par les développeurs, mais aussi par des entreprises ou des États. Pour illustrer la gravité de cette nouvelle forme de guerre, le conférencier a indiqué qu’il est extrêmement difficile de savoir d’où viennent les cyberattaques. Il peut s’agir aussi bien d’un État que d’un groupuscule ou même d’un individu isolé et qu’une fois que les sites dits sensibles sont attaqués, le pays ou l’entreprise ciblé serait nettement affaibli devant une quelconque menace. Il a donné comme exemple, le problème de saturation du CCP qui s’est produit à quelques jours de l’Aïd en Algérie. Selon lui, le blocage pourrait être volontaire et commandité par des hackers. Cela se fait, selon le conférencier, à travers la création de Botnet capable de faire infiltrer des virus dans des serveurs qui chapeautent des milliers d’ordinateurs «Zombie» qui vont à leur tour se connecter au même moment au site ciblé dans le but de le saturer. Une fois que la chose est faite, tout peut arriver. (Le Courrier d’Algérie-16.12.2010.)

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*c’est quoi le « sexe par surprise » ?

L’avocat de Julian Assange, cofondateur de WikiLeaks, arrêté mardi matin à Londres et en détention jusqu’au 14 décembre avant une possible extradition vers la Suède, a expliqué que son client « n’était pas poursuivi pour viol mais pour “sexe par surprise” ». What is « sex by surprise » ? Un sous-viol ? Me Mark Stephens, spécialiste des médias, précise que c’est une « qualification suédoise punie par une amende de 5 000 couronnes, soit environ 540 euros », qui considèrerait comme un délit le fait de refuser de mettre un préservatif.

Toujours selon le défenseur de l’Australien Assange, cette obscure incrimination n’existerait que sous les latitudes suédoises, en tous cas, « pas aux Etats-Unis, ni en Angleterre, ni même à Ibiza »… ni dans le code pénal suédois, après enquête, sommes-nous au regret d’écrire.

Selon plusieurs sources amicales suédoises, « sex by surprise » serait une traduction d’un mot d’argot suédois « överraskningssex » utilisé pour plaisanter sur le viol, ou pour le nier.

Grâce notamment à un article du site américain Slate qui a popularisé le concept, il se raconte désormais qu’en Suède on peut commettre un crime appelé le « sexe par surprise » qui serait différent du viol. Une sorte de sous-viol en quelque sorte.

**Miss A et Miss W n’ont pas apprécié les manières d’Assange

Mardi, devant la cour anglaise, la représentante des autorités suédoises a détaillé les quatre chefs d’accusation qui ont semblé assez sérieux outre-Manche pour refuser la libération sous caution de Julian Assange :

 la contrainte sexuelle (« tvang » en suédois) : Assange est accusé par une première femme, « Miss A », d’avoir usé du poids de son corps pour la maintenir couchée d’une certaine manière sexuelle, le 14 août ;

 l’agression sexuelle  : Assange aurait fait l’amour avec Miss A sans préservatif alors qu’elle avait exprimé le souhait d’en utiliser un. Selon Me Pernilla Dahlrot, avocat suédois du barreau de Paris, cet acte peut être qualifié de viol en Suède ;

l’agression, encore, pour le « viol de son intégrité sexuelle » le 18 août, soit quatre jours plus tard ;

relations sexuelles avec Miss W, le 17 août dans sa maison de Stockholm, sans préservatif alors qu’elle était endormie. D’après l’acte d’accusation, la qualification retenue serait le viol.

Bref rappel des faits : en août, Julian Assange est à Stockholm pour participer à un séminaire organisé par le Parti social-démocrate suédois (gauche). En quatre jours, il couche avec au moins deux femmes qui vont faire connaissance par la suite et décider de porter plainte ensemble quand, disent-elles, elles s’aperçoivent qu’il n’a utilisé de capote ni avec l’une, ni avec l’autre.

Le Daily Mail a publié les procès-verbaux d’audition des deux femmes, qui ne contestent pas qu’elles étaient désireuses de coucher avec le cofondateur de WikiLeaks. Seulement, elles n’ont pas apprécié la façon dont ça s’est passé.

« Le consentement, c’est dire vraiment “oui” »

Pour comprendre les subtilités des poursuites suédoises, il faut se reporter au chapitre 6 du code pénal suédois, qui traite des crimes sexuels.

Sections 1, 2 et surtout 7 qui fait référence aux agressions sexuelles (« sexual molestation ») « par séduction, coercition ou mauvaise influence » à l’encontre de mineurs de 15 à 18 ans au cours d’un acte sexuel perpétré dans le cadre d’une production pornographique. (Télécharger le code pénal suédois)

La suite de la section 7 s’appliquerait au « cas Assange », selon le service de presse du parquet de Göteborg :

« L’agression sexuelle est également retenue lorsqu’une personne s’expose elle-même d’une manière offensante ou indécente, par des mots ou par un acte qui attentent à la pudeur. »

 

Il n’y a pas de liste exhaustive, explique une juriste suédoise qui exerce en France :

« Cela peut concerner une pratique sexuelle non désirée -une fellation, la sodomie- alors que le ou la partenaire n’était d’accord que pour un rapport sexuel “classique” ; des injures pendant l’acte sexuel ; des propositions “dégradantes” ; des pressions pour des “positions humiliantes”, etc. »

 

Le refus de mettre un préservatif -ou de s’interrompre une fois qu’il s’est déchiré- a sa place dans la section 7 du chapitre 6, mais également dans la section 1 qui traite du viol (ce qui n’est le cas ni en France, ni en Angleterre).

Une révision de la loi -notamment sur la nature du consentement- serait dans les tuyaux et, selon des informations diffusées notamment par AOL News, la procureure Marianne Ny qui s’occupe du « cas Assange » y serait très favorable.

« Le consentement, ce n’est pas ne pas dire “non”, c’est dire vraiment “oui” », résume Me Dahlrot.

**En Suède, le droit de dire « non » à n’importe quel moment

« […] Si le nombre de plaintes a augmenté aussi rapidement [en Suède], c’est aussi une conséquence de “la libération des femmes et de l’affirmation de leur droit à décider de leur sexualité” », expliquait, dans Libération, Christian Diesen, professeur de droit à l’université de Stockholm :

« Aujourd’hui, les femmes en Suède considèrent qu’elles ont le droit de dire “non” à n’importe quel moment d’un rapport et qu’une relation forcée, même sans menace ou violence, est un viol qui doit faire l’objet de poursuites. »

 

Dans l’esprit des féministes, qui commencent à réagir au dénigrement dont sont victimes les deux plaignantes, l’expression « sexe par surprise » du défenseur de Julian Assange revient à discréditer les poursuites et la loi suédoises.

« Le consentement avec n’est pas le consentement sans »

Miss Rocio’s, influente blogueuse californienne, féministe et de gauche, s’est fendue d’une note pour expliquer à ses amis « radicaux » et libertaires ce que « consentement » voulait dire :

« Si une personne donne son consentement pour faire l’amour avec un préservatif, elle ne le donne pas pour faire l’amour sans préservatif.

Vous devez très spécifiquement obtenir le consentement de faire l’amour sans capote. Et si en plein milieu de l’action, elle change d’avis, vous devez tout arrêter, ou alors c’est du viol.

 

Ce qui me gène le plus dans nombre de papiers sur cette affaire est de lire que Assange est “seulement” poursuivi pour n’avoir pas utilisé de préservatif.

Ce n’est pas le cas : les poursuites concernent le fait de savoir si ces relations sexuelles étaient consenties, et des relations sexuelles sans consentement, c’est du viol. »

 

L’accusation selon laquelle les deux plaignantes seraient des féministes radicales, cherchant à se venger des hommes, a en tout cas été largement reprise par les médias anglais, rapporte Jezebel.com. (Rue89-08.12.2010.)

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4 commentaires

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