La revue NAQD

**La revue Naqd a fêté son 25e anniversaire

*Naqd est bannie des bibliothèques universitaires depuis 25 ans

**le site de la revue:  Revue NAQD 

**OXFORD, CAMBRIDGE, HARVARD ET COLUMBIA SONT ABONNÉES À LA PUBLICATION

La revue NAQD  d-naqd-la-revue-qui-ne-passe-pas-a-luniversite-algerienne-87c9a

*****La Revue NAQD d’études et de critique sociale est une publication bilingue (français-arabe) qui paraît en Algérie. Tirée à 2000 exemplaires, sa diffusion se fait par abonnements et par vente en librairie. Elle est expédiée par courrier aux différents abonnés (Universitaires, intellectuels, associations, bibliothèques et autres institutions académiques) au Maroc, en Tunisie, en Égypte et Liban, dans certains pays européens (France, Suède, Espagne, Allemagne, Italie) et en Amérique (États-Unis, Canada, Mexique).Les contributions que nous publions sont des études portant sur les problèmes de société vécus dans la région du Maghreb et du Moyen-Orient mais aussi dans le Sud global. Elles sont destinées à un public plus ou moins large de lisants/écrivants ainsi qu`a des chercheurs dans le domaine des sciences sociales.

La rédaction intègre dans chaque numéro des articles portant sur un thème dominant : “ Islamisme, Femmes…”, “ Culture et Identité ”, “ Question nationale ”, “ Système éducatif ”, “ Réajustement structurel et systèmes politiques ”, “L’image de l’Autre, sociologie de la diversité et de l’intolérance”, “ Penser le politique ” etc.

*Des articles rédigés en anglais, allemand, espagnol sont régulièrement traduits en arabe ou en français pour permettre au public le plus large possible d’y avoir accès. Il est ainsi possible, pour les lecteurs ou abonnes anglophones, d`accéder à certaines contributions directement en anglais (seulement à la demande). La Revue NAQD est l’une des seules publications au Maghreb qui ouvre à un débat d’idées et contribue à élargir le champ de la pensée critique dans son propre pays et dans ceux de la région. *source: Naqd

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La revue Naqd a fêté, hier-samedi 25 février 2017- de fort belle manière, son 25e anniversaire, à l’hôtel Sofitel. L’ambiance, il faut le dire, était des plus conviviales, marquée par de chaleureuses retrouvailles entre les amis de la revue et ses nombreux soutiens.

En prime, l’infatigable Daho Djerbal et son équipe ont tenu à célébrer cette date dans la pure tradition de la revue, c’est-à-dire en produisant de la pensée critique, encore et toujours.

Ainsi, une table ronde au menu extrêmement relevé a été organisée sous le thème : «Pensée critique dans un monde en plein bouleversement». Une dizaine de communications de haut vol ont été programmées à l’occasion. Parmi  celles-ci, retenons les interventions de Mohamed Harbi, Etienne Balibar, Fadéla Boumendjel-Chitour, Fatma Oussedik, Madjid Bencheikh, Hocine Zahouane ou encore Abdelhafid Hamdi-Cherif. Et chacun d’entre eux a eu une pensée émue pour le défunt Saïd Chikhi, brillant sociologue et fondateur de la revue qui nous a quittés en 1993. Un portrait de lui trônait aux côtés d’un panneau sur lequel étaient déclinés les couvertures de l’ensemble des numéros de la revue.

Une sacrée moisson ! Et c’est pour le moins paradoxal comme situation pour une revue qui fait référence auprès des universités les plus prestigieuses à l’échelle internationale, et qui demeure bannie à ce jour de nos bibliothèques publiques et nos niches académiques. Pourtant, c’est l’un des très rares espaces éditoriaux dédié à la critique sociale, et qui s’est voué depuis ses débuts à injecter de la pensée en plein chaos, quand tout partait en vrille, tout en défrichant les territoires d’une espérance raisonnée. Naqd, c’est ce phare solitaire qui émergeait du chaos pour nous maintenir intelligemment en vie dans l’enfer des années 1990.

Dans son mot d’introduction, Daho Djerbal n’a pas manqué de souligner ce paradoxe. «La revue Naqd fête ses 25 ans d’existence envers et contre tout, malgré tout, à contre-courant…», a-t-il déclaré avant de lancer : «Elle n’est peut-être pas bannie de l’espace public, mais elle est bannie des bibliothèques universitaires algériennes depuis 25 ans, alors que plus de 150 universités, centres de recherche et bibliothèques universitaires dans le monde sont abonnés à la revue.»

Et de poursuivre : «Quelque part, il y a un non-dit et un non-lieu pour la revue qui, pourtant, continue de publier, d’éditer, de diffuser, depuis sa fondation par notre ami, camarade défunt, Saïd Chikhi, sociologue, spécialiste des mouvements sociaux. Nous lui rendons hommage aujourd’hui pour son apport à cette publication que nous voulions au début comme porteuse d’un questionnement : qu’est-ce qui se passe sous nos yeux qu’on n’a pas pu voir venir, qu’on n’a pas pu décrypter ?» L’éminent historien admet que la grille de lecture des années 1960-1970 qui dominait les sciences sociales, et qui était inspirée du matérialisme historique, du matérialisme dialectique, n’opérait plus. «D’où le retour au réel, aux faits, et à partir des faits, essayer de construire une problématique, de fabriquer des instruments d’analyse qui soient en adéquation avec la réalité. C’est ce que nous avons essayé de faire en prenant à bras le corps cette tentative d’accompagner la société dans ses luttes et ses combats mais aussi dans ses drames.»

Nous développerons tout cela dans nos prochaines éditions avec, à la clé, une synthèse des grandes thématiques qui ont été disséquées au cours de cette table ronde, avec passion et lucidité. *Mustapha Benfodil / el watan / dimanche 26 février 2017

**OXFORD, CAMBRIDGE, HARVARD ET COLUMBIA SONT ABONNÉES À LA PUBLICATION

*La revue dont 18 numéros sur les 34 édités jusque-là sont épuisés, continue son petit bonhomme de chemin grâce à l’engagement de ses concepteurs et malgré un prix en dessous du prix de revient.

C’est à croire que le pays a un sérieux problème avec son élite : la revue Naqd, lancée il y a vingt-cinq ans par une brochette d’intellectuels algériens et dont les études sur nombre de sujets de société que vivent les peuples du Maghreb et du Moyen-Orient sont réputées pour leur pertinence, a bonne presse dans de prestigieuses universités de par le monde, et pas dans les universités algériennes.
C’est la révélation faite hier par Daho Djerbal, maître de conférences en histoire contemporaine au département d’Histoire, université d’Alger II et directeur depuis 1993 de cette revue d’études et de critique sociale. “Je trouve que c’est un drame que des universités comme Oxford, Harvard, Columbia, Cambridge soient abonnées à la revue Naqd et pas une université algérienne, depuis 25 ans !”, a-t-il révélé aux journalistes en marge d’une table ronde organisée à l’hôtel Sofitel, à Alger, à l’occasion du 25e anniversaire de la fondation de la revue.
“On a donné deux fois des CD de la collection au Cerist, il ne les a jamais diffusés sur son réseau. L’an dernier, il a acheté un accès à la plateforme dans laquelle se trouve Naqd pour 400 000 euros alors qu’on le lui a donné gratuitement, mais il n’a jamais publié !… J’ai des preuves, il y a des correspondances !” a-t-il encore révélé.
À la question de savoir si l’élite politique algérienne prend graine de ce qui est publié par cette revue, expédiée dans plusieurs pays, et comme cela se fait sous d’autres latitudes, Daho Djerbal s’est demandé s’il y avait d’abord une élite politique. “La réponse est à deux niveaux :
Y a-t-il une classe et une élite politique ? Lit-elle Naqd ? Aucun parti n’a pris un abonnement avec Naqd. En Espagne, le parti socialiste (PSOE) a fondé un institut d’études économiques et sociales pour alimenter sa réflexion et sa pratique dans le domaine politique. Ici, aucun parti n’a de pôle de réflexion, de production de savoir (…) On peut parler de n’importe quel sujet, polémiquer, discourir et faire de la propagande, mais derrière, il n’y a aucun travail (…)” “Encore une fois, l’économie de la rente”, ironise-t-il.
Mais qu’à cela ne tienne, la revue dont 18 numéros sur les 34 édités jusque-là sont épuisés continue son petit bonhomme de chemin grâce à l’engagement de ses concepteurs et malgré un prix au dessous du prix de revient. “Nous payons de nos poches pour que cette revue soit accessible aux Algériens, aux Maghrébins et à tous les lecteurs”, dit Djerbal, précisant que “c’est grâce à la société civile et aux lecteurs que la table ronde est organisée”. “On a saisi la bibliothèque nationale, mais les responsables étaient insaisissables.” “Aujourd’hui, dans le pays, tout se passe comme si on pense à ce qu’on ne fera jamais et on fait ce à quoi on n’a jamais pensé”, ajoute-t-il, par ailleurs, comme pour suggérer qu’il n y a pas de réflexion autour de la conduite à prendre pour le pays.
Et la polémique avec la France ? “Essayons de divorcer un peu de la France, il n’y a pas que la France dans notre horizon, univers… Dans beaucoup de pays, il y a des problèmes à régler avec le passé… Débarrassons-nous de ces débats algéro-français, ou franco-algériens. Je vous rappelle que dans la presse généralement, quand on parle des algériens en France, on parle des Franco-Algériens. On n’a jamais dit les Algéro-Français…” Pour le vingt-cinquième anniversaire, le thème retenu portait sur “Que signifie la pensée critique dans un monde en plein bouleversement ?”
Une pléiade d’intellectuels a été conviée pour intervenir, parmi lesquels Étienne Balibar, professeur émérite à l’université Paris-X Nanterre, Antonis Liakos, professeur à l’université d’Athènes, Mohamed Harbi, Guy Bruit, Madjid Bencheikh, Hocine Zehouane, Fadela Boumendjel Chitour, Fatma Oussedik et Ahmed Slimani. /

*Karim Kébir / Liberté /  dimanche 26 février 2017

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*Mohammed Harbi au débat de Naqd

«Le problème fondamental de l’Algérie, c’est de refonder la nation»

Mohammed Harbi a accompagné la revue Naqd depuis ses débuts, et c’est en membre de la famille qu’il a été accueilli à l’occasion de la célébration du 25e anniversaire de la revue, ce samedi, au Sofitel.

Mohammed Harbi n’est évidemment pas venu les mains vides. De sa voix sereine, il a gratifié l’assistance qui a afflué en nombre pour ce haut moment de partage de précieux éléments de compréhension à même de nous aider à mieux saisir et mieux construire notre «roman national». Sous le titre : «Dire notre histoire. Libres propos sur les pièges du langage», Harbi note d’emblée que «pour beaucoup de gens à l’extérieur de notre pays, l’Algérie est un sujet d’histoire important».

Il attire aussitôt l’attention sur les pièges de la manipulation qui minent assez souvent l’appareil discursif (qu’il soit politique, médiatique ou même historiographique), en particulier lorsqu’il est question du récit historique. «George Orwell, prophétisant 1984, nous a expliqué ce qu’il advient quand une technique de manipulation s’empare des mots, et comment la novlangue, c’est-à-dire la nouvelle langue, se joue de l’ancienne langue et transforme les choses», dit-il avant de faire remarquer : «Il y a à propos de notre pays une véritable guerre des sens, et cette guerre des sens va continuer encore longtemps parce que l’Algérie, comme terrain d’observation, reste un sujet passionnant malgré la difficulté des recherches et [l’emprise] d’une société politique qui verrouille l’accès à l’information et met en scène une vérité travestie afin de protéger son pouvoir».

Décortiquant le régime politique en Algérie, l’auteur de Le FLN, mirage et réalité estime que «c’est un régime qui n’est ni dictatorial ni totalitaire», mais «de type autoritaire». «La militarisation du pays, poursuit-il, a été faite dans un contexte de guerre, et chaque crise interne ou régionale renforçait l’importance et la position de l’armée.» Harbi note par ailleurs que «les militaires partent très tôt à la retraite et vont dans les administrations civiles.» Il faut donc tenir compte de cette «pénétration de l’armée dans l’administration et dans les institutions civiles». Et d’en déduire que «par différents biais (…), le militaire est devenu dans notre pays l’acteur hégémonique. Je dis hégémonique, je ne dis pas ‘‘exclusif’’ », précise-t-il. Dès lors, «la coercition devient le mode premier de l’exercice du pouvoir», pointe-t-il.

«Mais, comme je le disais, ce pouvoir n’est pas dictatorial parce que la société algérienne reste vivante malgré tous les avatars de l’histoire», nuance l’historien.
Analysant les instruments du pouvoir, Harbi considère que «le FLN, en réalité, n’a jamais existé comme parti.» «La militarisation imposée par la guerre a fait que très rapidement le secteur civil a été intégré au secteur militaire qui a pris le dessus.» D’après lui, le FLN était «très peu apte à encadrer et à mobiliser. Ce qui fait qu’en définitive, ce sont les organismes de l’armée qui se sont substitués subrepticement à lui, et qui ont plus ou moins encadré la société en pénétrant dans tous les secteurs.» «La sélection des élites nouvelles s’est faite indépendamment du secteur civil», appuie-t-il.

«La langue de la démocratie»

L’auteur de L’Algérie et son destin observe : «Le problème fondamental de l’Algérie, c’est de refonder la nation. Parce que la question de la nation n’a pas été tranchée avant l’insurrection. Et le monopole a fait que pendant toute la guerre, il y avait un silence sur le contenu de cette nation. Mais ce problème va revenir très rapidement au lendemain de la guerre», souligne Mohamed Harbi.  «Un autre problème, c’est le refus de reconnaître la diversité de cette société. Et c’est sur ce sujet-là qu’intervient le problème de l’histoire», ajoute-t-il. L’historien plaide pour un nouveau langage en proclamant : «Les Algériens ont à élaborer un langage commun, et pour l’élaboration de ce langage, il y a une importance décisive qui est celle de l’histoire. Alors l’histoire doit d’abord répondre à une refondation (…), elle doit également répondre à la question de l’ethnicité. La question de l’ethnicité ne se pose pas simplement en Kabylie, mais se pose aussi dans d’autres régions de l’Algérie», dissèque-t-il. Harbi cite aussi la place de la religion. «Le premier des espaces historiques du politique a été l’espace religieux, et cet espace a été plus ou moins occulté pour une raison très simple : c’est qu’à travers la nature de l’encadrement algérien qui appartient si vous voulez à la formation plus ou moins occidentale, l’idéal républicain est au cœur de l’idée de construction de l’Etat. Et soudain on se retrouve, du fait des échecs économiques, des échecs sociaux, devant une réinscription dans l’espace politique, de l’imaginaire islamique. Et ça a été, à mon avis, la crise la plus grave dans l’histoire récente et elle est toujours en cours», décrypte-t-il. «Pour la création d’un langage commun, préconise l’orateur, il faut une déconstruction de l’idéologie nationaliste. Une vraie déconstruction.» «Il ne faut pas confondre unité et unanimisme», prévient-il dans la foulée.

«Or, dans la pratique algérienne, l’unanimisme apparaît aux gouvernants comme la meilleure réponse à la segmentation qui existe dans la société.» Pour le conférencier, «cette segmentation doit être surmontée par un travail centré sur la reconnaissance de la diversité du pays et confiée à des hommes politiques qui ont le contact avec la population. Mais pour qu’elles aient un contact avec la population, il faut qu’elles en émanent. Là est posé le problème de la représentation. La représentation ne s’achète pas, elle se conquiert, dans le rapport avec la masse, avec les problèmes qu’elle pose, avec ses attentes. C’est une pratique qui n’a pas beaucoup caractérisé l’Algérie.»

Harbi termine en insistant sur «le rôle de l’histoire» qui, d’après lui, «est de répondre au problème de l’ethnicité, de répondre au problème des rapports entre le nationalisme et la collaboration…». Il relève que ce sont là des sujets qui «reviennent progressivement». En visionnaire, il prévient : «Les problèmes qu’on a évités vont revenir à la surface, et donc il vaut mieux les prévenir avant qu’ils ne se manifestent sous une forme véritablement conflictuelle. L’importance de l’histoire, elle est là.» Et de conclure : «La langue de la démocratie est une langue étrangère à la démarche nationaliste. Il faut considérer en Algérie la langue de la démocratie comme un imaginaire qui permet de se frayer un chemin vers autre chose, vers un régime démocratique, mais jusqu’à présent, cette langue ne correspond pas à ce que les gens en attendent.» *Mustapha Benfodil /  el watan / lundi 27 février 2017

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